COMPTE-RENDU – Un soliste de renom, un chef vedette, des œuvres fameuses : au Verbier Festival, on connait la recette pour proposer des concerts vivifiants. De quoi oxygéner à plein l’hémoglobine musicale.
Elles déambulent toutes là, tranquillou, dans les artères de la station de Verbier. C’est qu’elles sont comme chez elles, ici, dans les Alpes suisses, les vedettes de la musique classique venues se produire en concerts. Et c’est encore le cas le cas, en une nouvelle régénérante soirée dont le programme a de quoi faire saliver d’avance : y figurent la très « Kubrickienne » pièce orchestrale Atmosphères de György Ligeti, le Prélude du Lohengrin de Wagner, le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninoff, et enfin Une vie de héros, épique poème symphonique de Richard Strauss.
Le public en a donc, de la veine, à l’heure de s’installer dans la grande tente blanche des Combins, face à cent jeunes musiciens du Verbier Festival Orchestra conduits par l’expérimenté Simon Rattle. Une jeunesse qui ne tarde pas à se faire bluffante. Faut-il plonger l’audience dans une atmosphère mystérieuse, brumeuse, angoissante, chez Ligeti ? Alors les archets viennent frotter le chevalet des violons et violoncelles, les sourdines sont de sortie, aux pianissimi succèdent des quadruples forte stridents, et l’on vient même gratter les cordes du piano avec des brosses pour finir de rappeler la singularité de la partition. Laquelle vient faire passer la musique de Wagner, bien plus vibrée et mélodieuse, pour une sympathique et rafraîchissante parenthèse.
Un généreux don de son
Les jeunes instrumentistes prouvent en tout cas qu’ils ont de la moelle, tout comme le soliste Kirill Gerstein, qui monte les cimes du sommet que constitue le « Rach 3 » avec une aisance épatante : d’abord un Allegro plein d’allant soutenu par un orchestre aux cordes enflammées, puis un Adagio avec un orchestre cantabile et un piano oscillant entre notes cinglantes et sons éthérés, avant un Finale comme un festival de croches conclu par une apothéose en triple forte soutenu par un tutti triomphateur.
Voici donc le public définitivement emporté dans un vaisseau où l’air n’est qu’émotion pure, la « Vie de héros » ne faisant qu’accentuer le hérissement du poil. Dès l’ouverture, dès la présentation du fameux héros, l’orchestre tout entier donne dans l’effusion des sons qui enivrent, des motifs conquérants, le cor dialoguant avec la clarinette, les violons et violoncelles avec les trompettes, les timbales ayant aussi leur mot à dire. Une heure durant, tout n’est ainsi que puissance des cuivres, majesté des cordes (avec le remarqué violon solo de la Russe Polina Senatulova), harmonie des bois, poésie générale jusqu’à un final en decrescendo ou le héros a accompli sa tâche, et les musiciens avec, menés avec rigueur par leur héros à eux, le maestro Rattle.
Voici donc des artistes qui ont la musique dans le sang, et qui prouvent qu’en matière d’émotions partagées, au regard de l’enthousiasme du public, bon son ne saurait mentir.
À Lire également : Richard Strauss - une vie de héros











© Nicolas Brodard

