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Rencontre au sommet à La Chaise-Dieu

COMPTE-RENDU – Juste après s’être produits au Menuhin Festival Gstaad avec ce même programme musical, Iván Fischer et son Budapest Festival Orchestra, avec la pianiste Isata Kanneh-Mason ont ouvert en grande pompe le 60ème Festival de Musique de La Chaise-Dieu.

Choc de Titans

Invités par Boris Blanco à se produire au Festival de Musique de La Chaise-Dieu pour la première fois, Iván Fischer et son illustre Budapest Festival Orchestra s’inscrivent d’emblée dans la légende de ce Festival créé à l’initiative de György Cziffra. Plus encore, l’interprétation spectaculaire du Concerto pour piano n°3 de Sergueï Rachmaninov par la jeune pianiste Isata Kanneh-Mason a comme porté le public de l’Abbatiale Saint-Robert à un rare niveau d’incandescence et d’enthousiasme.

Rachmaninov en amorce, puis en plénitude

Pour débuter le concert tout en douceur, Iván Fischer proposait la version orchestrale de la fameuse Vocalise, en plaçant notamment une dizaine de cordes au centre de l’Abbatiale comme en position de solistes, créant ainsi un bel effet de perspective.

Photos © FLOÉ – Festival de La Chaise-Dieu

Avec l’incandescent Concerto pour piano n°3, c’est ensuite un monde presque effrayant qui s’ouvre devant l’interprète tant les difficultés les plus diverses s’accumulent. Malgré sa stature presque frêle et fragile, Isata Kanneh-Mason fait preuve d’une autorité sans faille et s’empare de chaque mouvement avec une assurance désarmante. Elle dispose d’une maîtrise technique complète de son instrument jusque et y compris dans le Finale où les moments de rêverie s’intercalent au sein d’une cadence infernale. Pour autant, derrière cette performance, Isata Kanneh-Mason parvient à mettre en relief avec l’appui d’Iván Fischer et de l’orchestre, toute la mélancolie et le ton juste de ce Concerto de Rachmaninov. La carrière internationale de cette jeune pianiste ne cesse de s’élargir et de s’amplifier : elle n’a pas certainement pas fini de surprendre.

Et vint la Titan de Gustav Mahler

Avec ses quatre mouvements formant sa version définitive, la Première Symphonie, en ré majeur de Gustav Mahler dite Titan surprend toujours à chaque écoute tant les diversités d’ambiance bousculent les codes et surprennent. Certes, elle demeure de forme classique, mais son message louant la nature et ses bruits frémissants, son recours aux chants populaires de plusieurs origines, sa marche funèbre surprenante puis de noces klezmer (musique traditionnelle des juifs ashkénazes d’Europe), ainsi que son finale presque déclamatoire révèlent les multiples intérêts d’un jeune compositeur avide de s’imprégner de toutes les formes musicales et ce de toutes origines. Iván Fischer et son Budapest Festival Orchestra en livrent une lecture jamais composite, fascinante et d’une vérité de ton qui évite toute esbrouffe ou effet délibérément spectaculaire. L’intégralité du message apparaît dans toute sa clarté et son abondance, évidente pour l’auditeur et justement célébrée.

Dans l’apothéose finale, l’ensemble des cuivres ici magnifiques se dresse pour clore ce moment magique de musique. Décidément, cette soirée d’ouverture impose ses exigences pour la suite de cette 60ème Édition du Festival de La Chaise-Dieu qui offrira plusieurs concerts d’ici le 30 août en hommage à son créateur, György Cziffra.

À Lire également : Roderick Cox fait danser Mahler et Tchaïkovski au Festival de Montpellier

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