COMPTE-RENDU — Ce vendredi 10 juillet, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier, l’Orchestre national local et son directeur musical Roderick Cox interprétaient à l’Opéra Berlioz du Corum The Unanswered Question de Charles Ives, les Rückert-Lieder de Gustav Mahler avec la mezzo-soprano Jamie Barton ainsi que la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski.
Une complicité sans mots
Un regard lance les vents, une inclinaison du corps entraîne les cordes, un geste plus incisif appelle les cuivres : l’Orchestre National Montpellier Occitanie suit non seulement les mouvements du chef, mais aussi les respirations et les intentions qui les précèdent. Cette connexion devient le fil conducteur d’un programme pourtant composé de trois univers très différents. D’Ives à Tchaïkovski, Roderick Cox conserve la personnalité de chaque œuvre tout en leur donnant une même énergie physique.
Ives pose la question depuis le balcon
Le concert commence presque sans vouloir commencer. Dans The Unanswered Question, les cordes installent un calme suspendu avant que les dissonances ne viennent progressivement troubler cette harmonie. La trompette, placée à l’un des balcons de la salle, apporte une véritable dimension spatiale. Pendant quelques minutes, l’Opéra Berlioz devient lui-même un élément de la partition.

Jamie Barton trouve naturellement sa place
Avec les Rückert-Lieder, Jamie Barton modifie complètement la couleur de la soirée. Face à un orchestre particulièrement fourni, la mezzo-soprano conserve constamment sa place dans le paysage sonore. Son timbre profond traverse l’orchestre sans difficulté, tout en gardant la souplesse de la ligne vocale. Dans Um Mitternacht (À Minuit) comme dans Ich bin der Welt abhanden gekommen (Je suis perdu pour le monde), la voix dialogue avec l’orchestre plus qu’elle ne cherche à le dominer.
Tchaïkovski fait danser son chef
Après l’entracte, la Pathétique libère toute l’énergie de la soirée. Roderick Cox dirige avec l’ensemble de son corps. Les épaules accompagnent les phrases, le visage change au rythme de la musique et les gestes semblent interpeller les différents pupitres, qui répondent immédiatement. Les vents prennent régulièrement la parole avec une présence sonore qui ne cherche jamais à s’effacer derrière les grandes masses orchestrales.
Bravos
Les applaudissements éclatent d’abord après le premier mouvement, puis surtout après l’Allegro molto vivace, troisième mouvement si énergique qu’il donne facilement l’impression de conclure la symphonie. Mais Tchaïkovski réserve son véritable adieu pour l’ultime mouvement. Après cette explosion d’énergie, la musique s’assombrit brusquement et rappelle que cette Sixième Symphonie est écrite peu avant la mort du compositeur.
Ce contraste donne toute sa singularité à l’œuvre… et rappelle, avec un léger sourire, que le compositeur avait gardé le dernier mot.
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