COMPTE-RENDU – L’Opéra National de Nancy-Lorraine représente Otello de Verdi dans la mise en scène de Ted Huffman (donnée à l’Opéra national du Rhin en début de saison dernière), reprise par Franciska Éry avec une distribution vocale renouvelée pour une lecture plus fluide et interactive.
Le plateau de Ted Huffman, volontairement réduit à de simples cloisons et à quelques portes, crée un espace scénique rectangulaire fermé, anxiogène et oppressant. Desdemona s’endormira sur une des chaises pendant que les serveurs continuent à débarrasser la salle. Elle sera ensuite froidement abattue d’un coup de pistolet, Otello mettant lui-même fin à ses jours à l’aide de sa deuxième arme à feu. Des costumes (Astrid Klein) de tous les jours, adaptés aux situations de la pièce, contribuent à souligner l’universalité d’un drame humain vu sous le prisme effrayant du féminicide contemporain.

Direction d’acteurs renouvelée par distribution vocale juste et équilibrée
Pour la re-prise nancéienne, la metteuse en scène Franciska Éry a été chargée, en véritable architecte de l’espace, de travailler à la fluidité des interactions et de rendre la plus grande crédibilité aux échanges entre les différents personnages. En plus des scènes de foule toujours aussi réussies dans leur transparence et leur lisibilité, elle se penche avec soin et finesse sur les scènes entre Otello, Iago et Desdemona. Cette dernière, notamment, s’affirme comme un personnage fort (au-delà de la victime martyre) qui n’hésite pas à tenir tête à celui qui finira par la tuer. Son choix de ne pas se retirer dans sa chambre pour le quatrième acte marque aussi la décision de Desdemona de rester dans un endroit public supposé la protéger, plutôt que d’aller au-devant de son trépas. À ce titre aussi, la beauté des phrasés de Yaritza Véliz, la pureté diaphane de ses aigus et son tempérament ardent font d’autant plus merveille.

Otello met pour sa part à jour les failles et les contradictions psychologiques qui le conduisent à commettre l’irréparable. Le ténor wagnérien Samuel Sakker manque certes des couleurs italiennes du rôle-titre mais allie vaillance à toute épreuve, musicalité raffinée et souplesse dans le haut de la voix.
Iago, habillé en quelque dictateur militaire, montre la misogynie et la haine envers l’étranger. Là encore, le portrait psychologique dressé par le baryton Daniel Scofield est tout à fait convaincant. Même s’il est également dénué de l’italianità de certains de ses devanciers, il affiche un merveilleux legato et une vaillance vocale tout à fait appréciable.

Ré-Union
Comme à Strasbourg, ce sont les chœurs réunis de Lorraine et du Rhin qui rendent justice à la superbe partition de Verdi, enrichie ici de la version parisienne du grand ensemble concertant du troisième acte. L’Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, placé ici sous la direction de Giulio Cilona, affronte crânement les subtilités de l’écriture verdienne. Le début du premier acte paraît moins fougueux qu’à l’accoutumée, mais la recherche de subtiles couleurs instrumentales, la qualité des phrasés et la souplesse des textures auront fini par remporter l’adhésion. Une direction lyrique et respectueuse du travail des chanteurs, plus qu’un déferlement orchestral ; un beau succès pour un début de saison très réussi, chaleureusement applaudi par une salle visiblement conquise.
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