COMPTE-RENDU – Avec Gautier Capuçon et six jeunes violoncellistes issus de sa classe d’excellence à la fondation Vuitton, ce sont ainsi sept instruments qui font entendre au Grand Théâtre de Provence un même timbre sous toutes ses formes, à force de croiser l’archet. Les sept mousquetaires Capucelli entrent dans le fort du violoncelle pour s’y dissimuler et décocher leurs flèches sonores. Pas de mousquet, pas de duel, mais une même manière de viser la cible du son : juste, homogène et diversifié.
L’écorce des héros
Dès la Marche triomphale d’Aïda, le thème de Verdi, rebattu, semble venir d’ailleurs, de plus loin que la campagne d’Égypte. Il s’entend du bout de l’archet, de sa vibration fiévreuse et synchrone. Les sept instruments boisés, à l’écorce finement vernissée, se tiennent côte à côte, en souple formation. Parfois au centre, Gautier Capuçon est pareil à une colonne, un fil à plomb, dont les deux bras arment l’instrument avec une autorité protectrice. Tous jouent de concert, enfourchant leur instrument dans une chevauchée cordistique (Ouverture de Guillaume Tell). Ou alors ils se dissimulent dans la grande volière de la scène, tels des oiseaux fantastiques, joyeux ou tristes, mais toujours prêts à prendre leur envol et à fondre sur leur proie sonore. Les pizzicati, présents dans chaque pièce à l’ombre de la mélodie, piquants ou feutrés, se donnent comme un ancien souvenir de la basse continue : arme de tonalité massive. Le son se resserre ou s’ouvre comme une grenade – le fruit – dont les petits grains sucrés sont reliés par une peau très fine. Le Boléro de Ravel, arrangé par Jérôme Ducros, est une grande manœuvre d’orchestration. Des duos, des trios et des unissons se forment, à l’assaut des timbres étrangers, de la mélodie entêtante et de la percussion discrètement martiale. Le timbre, rompu à l’art de la manœuvre, devient texture.
Entrer en matière
Wake de Jean-Benoît Dunckel donne du repos à une oreille souvent aux aguets. Elle se balance dans le souffle de la canopée et le bruissement des racines. Les allers-retours de demi-tons et de tons bercent les oreilles sans les saturer.
Dans Of Wind and Rain de Quenton Blache, les notes répétées font tomber leurs petits plombs, les pizzicati furieux partent en rafales. Il pleut des cordes ! Le corps des cordes, justement, toujours d’aplomb, se met à danser quelques quadrilles : repos du guerrier. Dans le registre grave, les pieds des danseurs s’enracinent tandis que les fusées sonores portent légèrement les danseuses vers un ciel sans nuage. Le violoncelle expose sa voix longue, instrument de fosse et de plateau à lui tout seul. Le Tango Nuevo requiert toute l’âpreté intérieure d’un fantassin, pour ensuite réunir dans l’unisson paroxystique du tous pour un.
Premiers de la Classe
Les œuvres de la soirée portent ainsi la marque de la transmission et d’un compagnonnage fidèle. La difficulté technique dans ce jeu de construction stratégique est perceptible. Dans les grands unissons, la moindre inflexion peut faire trembler la justesse au milieu du timbre commun. Les grands sauts d’intervalles mettent au défi la parfaite synchronisation du groupe. L’intention n’est pas de dissoudre anonymement les forces du spectacle dans un esprit de troupe, mais de faire tenir ensemble les potentialités singulières.
Le Boléro de Ravel, encore, exprime la forme ultime de cette intention essentielle. Chaque soliste a son moment de lumière puis participe au long crescendo orchestral dans lequel timbre et texture ne font plus qu’un. Le septuor gagne alors sa dimension symphonique et ses potentialités universelles.
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