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Le péplum de Massenet

COMPTE-RENDU – Le Théâtre des Champs-Élysées donne en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane, une version concert du dernier opéra du vivant de Jules Massenet avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Diego Ceretta, et le Chœur de Radio France. Roma (1912), c’est un peu Gladiator avant Gladiator, sauf que Ridley Scott n’est pas là, Russell Crowe non plus, et personne ne va résoudre le problème avec une épée.

Que le destin de Rome soit suspendu à une histoire de virginité

Fausta, une vestale, brise son vœu de chasteté en tombant éperdument amoureuse de Lentulus. Mais l’oracle a parlé. Une chasse aux sorcières débute : la transgression serait la raison de la défaite des Romains face à Hannibal. Celle qui a fait naître la colère des Dieux doit se dénoncer et subir le sacrifice en vigueur pour sauver son peuple : être emmurée vivante. Après quelque hésitation, Fausta se souvient qu’elle est bel et bien la fille de Fabius Maximus et pour le dire franchement : on n’est pas des lâches ici. Elle bombe donc le torse et, pour sa patrie et son honneur familial, elle accepte son sort de « vierge infâme ». Arrivant tardivement dans l’œuvre, son aïeule Posthumia, semble être la seule à ne pas être aussi séduite par l’idée. En vraie matriarche, elle décide d’épargner à sa petite-fille la longue agonie en la poignardant et l’accompagnant jusque dans sa tombe.

Oui, Numérobis ?

Massenet avait-il pour ambition secrète de devenir architecte ? Il pose des colonnes romaines alors que la modernité est déjà en train de démonter le temple. Pour les adorateurs de Massenet, re-passez. À l’approche de la fin de sa vie (il mourra la même année), le compositeur français semble vouloir rassembler tout ce que l’écriture musicale du XIXᵉ siècle lui a appris, en France mais pas que… une présence wagnérienne se ferait-elle sentir ? Pour cela, tirons-lui notre chapeau, mais le livret, parfois brouillon brouille les pistes ! Une longue ouverture (presque dix minutes) expose une orchestration riche en cuivres – qui resteront très présents tout le long de l’opéra, justifié par le contexte martial de l’intrigue –, soutenus par les nombreuses cordes. Les tensions et les tempi vifs plongent l’auditeur dans une ambiance sombre et oppressante. Il faut cependant rendre à César ce qui appartient à César, il ne quitte pas complètement son romantisme caractéristique et offre de belles pages lyriques aux deux amoureux, Fausta et Lentulus.

Veni, vidi, vibri

Le chef Diego Ceretta dirige l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo avec vigueur et intensité. Il jongle entre énergie guerrière et douceur romantique. La distribution vocale de la soirée mérite une couronne de lauriers : Fausta (Rachel Willis-Sørensen) et Lentulus (Jean-François Borras) sont touchants. La voix de la soprano américaine aux aigus délicieusement ronds et au vibrato brillant jaillit avec puissance. Le ténor français signe une performance passionnée, et séduit grâce à une voix très naturelle et le haut du registre lumineux. La mezzo-soprano Julie Robard-Gendre s’impose royalement en Posthumia, par une voix chaude profondément ancrée et dramatique à souhait. Tassis Christoyannis (Fabius Maximus) déploie un timbre boisé au vibrato rebondissant. Patrick Bolleire (Lucius Cornelius) signe une belle accroche dans les graves intransigeants. Jérôme Boutillier (Vestapor/Caïus/Un vieillard) convainc par une voix profonde et une corporalité énergique. La voix douce et honnête d’Hélène Carpentier confère à Junia toute la candeur attendue. Enfin, Aliénor Feix (Grande Vestale) chante d’une voix ronde et sucrée, tandis que Clémence Tilquin (Galla) propose un timbre portant aux éclats chatoyants.

Le public n’a de cesse d’applaudir les artistes présents sur scène, et les ovations généreuses de ce soir témoignent de l’accueil réservé à cette œuvre tardive de Massenet. De quoi rappeler que, plus d’un siècle après sa création, le compositeur sait encore faire vibrer les salles.

À Lire également : Le Prophète Avenue Montaigne, restent les murs porteurs
Patrick Bolleire, Tassis Christoyannis, Rachel Willis-Sørensen et Jean-François Borras, Roma © OPMC – Alice Blangero
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