COMPTE-RENDU — Pour inaugurer sa saison, l’Opéra de Rouen propose une nouvelle production du Macbeth de Verdi. Une lecture visuellement puissante portée par Ekaterina Sannikova, impériale dans le rôle de Lady Macbeth, l’épouse à ne surtout pas fâcher, au risque de prendre un coup de poignard.
Macbeth : ce nom suffit à convoquer une Écosse de brume et de sang, des châteaux gris, des sorcières, des prophéties et des poignards. Mais derrière le tyran, il y a surtout un redoutable couple qui excelle dans l’art de comploter et de tuer. Pour ouvrir sa saison, le Théâtre des Arts confie ce dangereux duo à un autre tandem : Ambre Kahan, qui signe avec cette nouvelle production sa première grande incursion à l’opéra, et Pierre Dumoussaud, nouveau directeur musical de l’Orchestre de la maison.
Une ombre qui passe ?
L’ouverture s’installe derrière des voiles transparents qui laissent deviner la scène. Qu’est-ce que ce couple a à cacher ? Feu, miroirs, jeux de niveaux, changements de décor astucieux, dont celui, particulièrement efficace, qui fait surgir le banquet après le meurtre de Banco : la mise en scène tient sur la durée un langage visuel constamment renouvelé, tomorrow and tomorrow and… surtout elle porte une lecture politique : la corruption, l’achat de la loi, la duplicité et la quête avide du pouvoir (toujours d’actualité, vous dites ?).

Monsieur et Madame Macbeth
Mais permettez qu’on vous présente à Lady Macbeth, incarnée par Ekaterina Sannikova. La soprano s’impose ici comme une révélation : une projection ample, des aigus puissants, un timbre riche et une présence scénique magnétique. Si l’agilité demande un temps de mise en place, elle prend rapidement leur mesure et livre une performance d’une noirceur brillante, tant sa voix véhicule avec une justesse remarquable la rage du personnage. On vous présente l’époux ?

Ployez le genou face au nouveau roi ! Aleksei Isaev livre une prestation particulièrement méritoire dans le rôle de Macbeth : annoncé souffrant, le baryton s’appuie sur une technique lui permettant de tenir la ligne quand sa voix se dérobe. Certes, on perçoit quelques signes de fatigue, mais son timbre brillant et bronzé conserve une homogénéité de registre tout à fait digne. Ce couple-là sait garder son sang-froid… pour mieux faire couler celui des autres.

Une fosse full of sound and fury
Dans Macbeth, il y a des sorcières, mais également un magicien : Pierre Dumoussaud livre une direction souple mais imposante, attentive aux interprètes autant qu’à l’équilibre fosse-plateau. Les chœurs (Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et Chœur de l’Opéra National de Bordeaux) contribuent pleinement à la réussite de l’ensemble, culminant dans un Patria oppressa homogène, nuancé et soigné, malgré quelques défauts d’articulation (rien de diabolique, toutefois).

Pas de quoi effrayer le public qui salue par de chaleureux applaudissements l’ensemble de la distribution, avec une attention particulière pour Isaev qui, malgré son indisposition annoncée, aura tenu jusqu’à la fin avec une rare émotion. Macbeth a beau comparer la vie à un acteur qui s’agite et parade une heure sur la scène, puis qu’on n’entend plus : ceux-là, espérons les réentendre !
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