COMPTE-RENDU – Pour cette première production lyrique de saison à l’Opéra-Royal de Wallonie-Liège, sous la direction de Giampaolo Bisanti, Stefano Poda qui signe mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphie, semble inviter le spectateur à découvrir le Macbeth de Verdi, d’après Shakespeare, comme on explore un site encore enfoui.
Poda, accompagné de son collaborateur à la mise en scène et assistant général, Paolo Giani Cei, nous laisse devant le site, sans mode d’emploi. À nous d’en dégager les premières traces. Avant les personnages, il y a l’espace, avant le récit, il y a les vestiges.
Le site avant l’homme
Des reliefs de corps et de visages émergent des murs, comme les vestiges d’une humanité pétrifiée. Des escaliers se déploient vers le haut et vers le bas, dessinant un véritable labyrinthe. Des cages apparaissent au-dessus du plateau. Au centre, une immense ouverture creuse le sol, comme une faille sacrée donnant accès à une profondeur invisible.

Le site se transforme également sous nos yeux : des éléments lumineux se déplacent, se soulèvent et révèlent progressivement un signe, comme l’emblème secret d’une puissance. La lumière devient un langage artistique. Elle révèle, dissimule, découpe l’espace et accompagne ses métamorphoses, telle une lampe archéologique faisant apparaître, strate après strate, une nouvelle profondeur de cet univers.
Celles qui connaissent le lieu
Avec l’arrivée des sorcières, la magie du lieu prend pleinement le dessus : elles chantent et dansent, certaines au sol, d’autres suspendues dans les airs, et le site révèle alors toute sa dimension surnaturelle. Nous pensions fouiller les ruines d’un pouvoir. Mais le site est encore vivant.

Une nouvelle découverte : Macbeth
Enfin, Macbeth apparaît. Mais il arrive trop tard pour être le centre originel de cet univers. Il ressemble plutôt à une nouvelle trouvaille.

Il croit pouvoir conquérir le pouvoir ; le site suggère qu’il entre dans une structure beaucoup plus ancienne que lui.
Les voix exhumées
Sous la direction de Giampaolo Bisanti, la musique de Verdi ajoute une profondeur sonore à cette fouille. L’orchestre donne au site sa tension, ses pulsations et ses mouvements souterrains.
Luca Micheletti dessine un Macbeth sombre et intense. Si les premiers passages les plus exigeants de sa partie semblent parfois lui demander un effort supplémentaire, le baryton trouve pleinement son assurance au deuxième acte, où sa voix gagne en ampleur.
Ewa Płonka impose une Lady Macbeth incisive et dramatique. La soprano révèle toute l’étendue de ses moyens dans une colorature maîtrisée, des vocalises précises et des aigus éclatants, renforçant la dimension virtuose du personnage sans sacrifier son intensité théâtrale. Le public lui réserve une véritable ovation, ponctuée de nombreux « bravo ».

Gianluca Buratto offre à Banco une basse profonde et stable, tandis que Matteo Desole apporte à Macduff une couleur plus lumineuse et une projection claire.

Le rituel reprend vie
Au deuxième acte, les sorcières reviennent. Leur danse semble réactiver tout ce que nous avons découvert. Le site n’est plus seulement le lieu du pouvoir : il devient son rituel.
À la fin de cette fouille, les traces se rejoignent : corps, murs, labyrinthe, cages, faille sacrée, signe lumineux, sorcières et voix.
Macbeth ne construit pas ce monde. Il découvre qu’il existait avant lui.
À Liège, Macbeth devient ainsi une véritable fouille archéologique du pouvoir : un site ancien qui continue de vivre, de transformer ceux qui y pénètrent et, peut-être, de produire ses propres victimes.

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