AccueilA la UneBoston Ballet au TCE : impossible de (ne pas) s'asseoir

Boston Ballet au TCE : impossible de (ne pas) s’asseoir

COMPTE-RENDU — Une soirée exceptionnelle dans la Saison TranscenDanses, dans la poussière et les cactus avec le Boston Ballet au Théâtre des Champs-Élysées. Deux œuvres, deux chorégraphes majeurs, deux ambiances : Cacti d’Alexander Ekman, caricature grinçante de l’art contemporain et Vertical Road d’Akram Khan, danse rituelle mystique et méditative. Deux pièces qui posent finalement une seule question : faut-il vraiment comprendre la danse pour la ressentir ?

Cacti : dans la danse il y a des cactus

Quand on va voir une pièce d’Alexander Ekman, on sait généralement deux choses : on va passer un bon moment, rire et vivre une expérience sensorielle presque magique. Avec Cacti, le chorégraphe suédois ne déroge pas à la règle. Seize danseurs perchés sur des livres géants inclinés, disposés sur la scène comme les cases d’un échiquier, bougent au rythme d’un quatuor à cordes en live.

Seize ans après sa création, la pièce n’a pas pris une ride. Elle conserve son humour grinçant faisant de Cacti, une véritable parodie de l’art contemporain. Car faut-il comprendre l’art ? Évidemment ! Nous sommes des intellos parisiens bobos qui adorons l’art de la danse. Heureusement, une voix off en anglais commente tout ce que nous voyons, à grands coups de concepts et de théories aussi pédantes qu’absurdes. Au point de se demander, parfois, si on parle vraiment l’anglais… ou simplement pas le jargon de l’art contemporain.

Mais peu importe : c’est un vrai plaisir pour tous nos sens. Ça court, ça respire, ça tape sur les livres, ça glisse, ça s’effondre, ça claque. Comme dans Play, les danseurs jouent avec une joie enfantine dans un joyeux désordre qui n’a pourtant rien de désordonné. En effet derrière cette apparente spontanéité, la synchronisation du décalage est parfaitement millimétrée. Et puis il y a des cactus. Un cactus différent pour chaque danseur. Pourquoi ? Le cactus serait-il le symbole de notre désert intérieur ? Bref, arrêtons de chercher un sens et allons mordre la poussière avec Vertical Road pour mieux cultiver notre jardin intérieur

Alexander Ekman – Cacti, Danseurs du Boston Ballet © Rosalie O’Connor

Vertical Road : danser sous ayahuasca

Changement radical d’ambiance. Avec Vertical Road, on plonge dans une danse organique et hypnotique, saupoudrée de poussière et transcendée par la musique de Nitin Sawhney. Les danseurs entrent en transe, comme happés par une quête d’élévation spirituelle. On ne sait bientôt plus très bien dans quel monde on se trouve. Celui des vivants ou celui des morts ? Derrière une membrane translucide, des mains s’agitent et laissent des traces noires. Les corps semblent prisonniers d’un autre monde, comme s’ils tentaient de franchir une frontière.

C’est hypnotique, presque psychédélique : on assiste à un rite ancestral dont on ne saisit pas les codes mais dont on ressent intensément les effets. L’énergie brute des danseurs, les mouvements saccadés et les gestes collectifs donnent lieu à une cérémonie mystique, à la fois viscérale et envoûtante. Une autre expérience sensorielle qui nous fait planner entre la spiritualité et le lâcher prise. On ressort totalement apaisé avec des étoiles plein les yeux et encore un peu perché.

Jeffrey Cirio et Emma Topalova pour Akram Khan – Vertical Road Reimagined 2023, Danseurs du Boston Ballet © Rosalie O’Connor
À Lire également : Malandain Ballet Biarritz aux Champs-Élysées, le Ciel peut attendre

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