DANSE – Un chorégraphe qui pousse les corps à bout, un autre qui joue avec notre frustration, une artiste des rues qui nous prend aux tripes : dans Paysages intérieurs au Palais Garnier l’émotion ne surgit pas toujours là où on l’attend.
Jean-Christophe Maillot — Vers un pays sage : des corps virtuoses, des cœurs en veille
Un hommage au père peintre du chorégraphe, mais une toile qui peine à prendre vie. Malgré la technicité des danseurs et la présence lumineuse de Roxane Stojanov, l’émotion reste en retrait. À trop pousser les interprètes dans leurs retranchements, Jean-Christophe Maillot ne risque-t-il pas de les épuiser ? La musique de John Adams reste pourtant ronde et entraînante, mais la lumière peine à donner du relief à l’ensemble.








Jean-Christophe Maillot – Vers un pays sage © Julien Benhamou – OnP
William Forsythe — Rearray : bang bang, le chorégraphe nous prend à revers
Avec Rearray, William Forsythe joue sur nos nerfs autant qu’avec nos repères. Sur la musique contemporaine de David Morrow, le duo devenu trio déjoue les attentes. Le chorégraphe éteint parfois les lumières au moment même où le mouvement s’accorde à la musique : frustration garantie !
À la manière de Quentin Tarantino, Forsythe maîtrise l’art du contre-pied : on croit savoir où l’on va et, bang bang, il nous prend à revers. En bousculant la linéarité du mouvement et nos attentes de spectateurs, il fait écho à la remise en question des normes et des structures de pouvoir chère à Michel Foucault. Comme le rappelle cette phrase tirée d’Aberrations of Gravity (2011), « le vertige n’est pas une constante ». Ici, perdre ses repères fait partie du plaisir. Vous allez adorer grincer.







William Forsythe – Rearray © Julien Benhamou – OnP.JPG
Aszure Barton — Busk : faire la manche, toucher au cœur
Dans un costume ample et singulier imaginé par Michelle Jank, un personnage de clown des rues se dépouille peu à peu de ses artifices. L’interprète impressionne autant par sa présence que par la virtuosité de l’écriture chorégraphique : une gestuelle d’une grande précision, capable de passer du cocasse au bouleversant sans jamais perdre sa justesse. Comme dans le cinéma muet, le corps raconte ici ce que les mots ne sauraient dire.
Des chants presque religieux enveloppent des ensembles remarquablement construits. En filigrane se dessine la figure de Moondog, musicien aveugle qui jouait dans les rues de New York. Seul face à un groupe presque spectral, le personnage semble osciller entre deux mondes, évoquant même une possible relecture de Giselle.
À force de se mettre à nu, l’artiste laisse apparaître sa fragilité et son humanité. Alors, pourquoi avoir attendu si longtemps pour accueillir Busk au répertoire de l’Opéra de Paris ? Cette œuvre, portée par une écriture aussi exigeante que sensible, rappelle que la virtuosité ne se mesure pas seulement à la prouesse technique : elle se révèle aussi dans la capacité à nous toucher.
De Busk à buscar, il n’y a qu’un pas : celui d’un artiste qui fait la manche, mais cherche surtout la rencontre. Une richesse qui, elle, n’a pas de prix.
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Aszure Baron – BUSK © Julien Benhamou – OnP

