DANSE — Les Ballets de Monte-Carlo représentent au Cirque Royal de Bruxelles Roméo & Juliette porté par la chorégraphie de Jean-Christophe Maillot. Créée en 1996, notre rapport au corps a changé :
Revoir aujourd’hui une chorégraphie créée en 1996, c’est aussi mesurer ce que trente années ont changé dans notre manière de regarder les corps. De retour en Belgique après vingt-cinq ans d’absence, les Ballets de Monte-Carlo présentent au Cirque Royal le Roméo & Juliette de Jean-Christophe Maillot. Sans remettre en cause la valeur historique de cette œuvre devenue emblématique du répertoire monégasque, sa redécouverte interroge surtout une certaine représentation des femmes, héritée d’un univers chorégraphique largement façonné par le regard masculin…. Et sur ce point, le temps écoulé semble témoigner d’une évolution plutôt réjouissante !
Encore aurait-il fallu pouvoir observer les corps dans leur intégralité. Certainement pensé pour autre chose que la danse, l’absence d’une inclinaison suffisante du parterre prive une partie du public de la vue des jambes des danseurs. Un comble pour un ballet !
Abstraction doit donc être faite des jambes, des musiciens (la musique étant ici diffusée sur enceintes), et puis aussi peut-être un peu de la mise en scène, car la scénographie d’Ernest Pignon-Ernest surprend également. L’artiste, connu pour ses dessins aux corps expressifs et aux drapés baroques, propose ici une succession de panneaux incurvés et immaculés. On pense au traumatisme de la page blanche, mais au moins l’espace laisse-t-il place aux gestes de la danse.

Les compagnons de Roméo plaisantent sur ses émois amoureux en mimant le soupèsement des seins ou en palpant des fesses imaginaires. Le corps féminin se réduit alors à quelques attributs convenus, dans une gestuelle plus grivoise que véritablement subversive, teintée d’une ironie qui gêne aujourd’hui. Entre deux bras d’honneur mimés, on comprend aussi que la grâce sera absente.
C’est ainsi surtout l’écriture chorégraphique qui accuse son âge. Sur la partition sombre et nerveuse de Prokofiev, les gestes se succèdent avec une précision démonstrative, sémiologique, narrative et l’on retrouve à comprendre que le geste mime ce que racontent déjà le récit et la musique. Dans cette écriture factuelle et en surplus saccadés, l’histoire se déroule sans ambiguïté : tout est intelligible, mais rarement sensible.
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