COMPTE-RENDU — Il était une fois, à l’Auditorium de l’Opéra de Dijon, en coproduction avec l’Opéra national du Rhin, une nouvelle production de La Cenerentola de Gioachino Rossini, sous la baguette magique des sœurs Ordinaire.
Angelina, la Cenerentola (Cendrillon), est bien malheureuse entre deux sœurs et un beau-père qui la traitent en servante, elle qui ne rêve que d’amour. Touché par sa bonté, Alidoro ourdit un complot pour lui faire épouser son élève et maître, le prince Don Ramiro. Avec l’aide de Dandini, valet du prince, il va rouler dans la farine cette méchante famille (bien fait pour eux, na !). L’union sera célébrée dans le pardon général. Ils vécurent heureux et eurent… Eh, pep, pep ! Il ne manquerait pas quelque chose ?
Le merveilleux reste dans le carrosse
Là où Rossini avait écarté la dimension féerique du conte, la magicienne metteuse en scène Mirabelle Ordinaire tente de réintroduire le merveilleux ! Imaginé par sa sœur Philippine, le décor, composé de deux escaliers mobiles, évoque tour à tour, à l’aide de lustres et de fenêtres, la maison des méchants et le palais princier. Pourtant, une grisaille générale domine, jusque dans les éclairages et les costumes, sobres pour les hommes, plus extravagants pour les femmes. Y aurait-il du plomb dans la baguette ?
La poussière d’étoile ne semble en effet pas opérer, malgré la présence de nombreux figurants qui s’affairent pour enchanter la scène. Quant aux danseurs, ils exécutent des mouvements gymniques peu clairs. Ajoutons à cela qu’il faut rentrer avant minuit : le bal s’annonce tristounet…

Des voix qui rentrent au chausse-pied
La mezzo-soprano Axelle Saint-Cirel et la soprano Fanny Soyer, si efficaces musicalement dans les ensembles, sont agaçantes à souhait dans les ariosi. En Don Magnifico, le baryton Vincenzo Taormina parvient, grâce à son art consommé du chant et à sa maîtrise du jeu, à se démarquer. Pour une fois, le vilain marque un point.
À l’opposé de ses sœurs, Angelina est une héroïne idéale, même s’il lui manque ici un peu de piquant (et de citrouille !). La mezzo-soprano Marine Chagnon lui prête une voix solide, au timbre agréable, mais dont le bas médium manque de puissance et les aigus, parfois stridents, altèrent le chant au moment de l’air « Nacqui all’affanno ». Comble des vicissitudes, elle a perdu sa chaussure en quittant le bal !

Une potion qui brûle les doigts
Le chaudron de l’Orchestre Dijon Bourgogne, dirigé par Nil Venditti, manque aussi de ces étincelles et de ces bulles qui font pétiller la partition. Quelques jolis moments cependant dans les fameux crescendi rossiniens, dont le rythme endiablé produit un effet saisissant. Mais ces artifices redoutables mettent à rude épreuve les jeunes chanteurs, couverts par l’orchestre et contraints de choisir entre le respect du tempo et la projection de leur voix. Aïe aïe aïe, le chaudron déborde !

Bibbidi Bobbidi Boo ! La magie rossinienne parvient tout de même à séduire le public, conquis, malgré quelques sifflets isolés, à l’apparition de l’équipe de production. Finalement, tout finit bien.


