Cendrillon à New-York, golden girl

DANSE – Avec Cendrillon, la chorégraphe Laurence Bolsigner-May dépoussière les codes du ballet classique à l’Opéra de Metz. Fini le château et la citrouille : place au loft new-yorkais et à l’ascenseur magique. Cendrillon n’est plus une souillon mais une ado dépressive qui flashe sur un golden boy, planqué dans une penthouse au dernier étage de son immeuble.

Onze ans après sa création, cette version moderne reprend du service avec une troupe de quatorze danseurs dont l’énergie collective fait oublier quelques approximations techniques et une partition où Prokofiev se retrouve remixé intelligemment par le compositeur Anthony Rouchier.

Cendrillon fait le show à Manhattan 

La scénographie ingénieuse de Benoît Dugardyn transpose avec justesse l’univers du conte de Perrault dans une ambiance new-yorkaise crédible, servie par un jeu de lumières qui sculpte l’espace avec finesse. En effet dans cette relecture urbaine, Cendrillon a troqué sa chaumière champêtre contre un loft vertigineux au cinquième étage d’un gratte-ciel new-yorkais. Notre héroïne, une adolescente dépressive, se morfond au cœur d’une famille recomposée particulièrement dysfonctionnelle, sous la coupe d’une belle-mère et de demi-sœurs, plus bêtes que méchantes, qui ne lui épargnent aucune brimade. 

© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.

Le ballet s’ouvre avec l’apparition de la Fée Marraine, incarnée avec justesse et délicatesse par Anik Roman de Miguel. Sortie comme par magie d’une loge de côté, cette apparition gracieuse vient réchauffer l’existence morose de notre pauvre Cendrillon, qui pour une fois goûte à une joie indicible. 

Golden boy

Au sommet de cette tour de verre, un prince s’ennuie dans sa penthouse avec vue panoramique sur New York. Comme tout jeune milliardaire qui s’assume, il décide d’organiser une soirée pour l’immeuble entier, et fortune oblige, fait livrer des robes de bal à toutes les résidentes. Lorsque ses employés débarquent chez Cendrillon, la belle-mère, campée avec un humour caustique par Grahan Erhardt-Kotowich, déchire rageusement la robe offerte à Cendrillon. Pas question que cette « moins que rien » ne séduise le golden boy du dernier étage quand ses deux filles sont sur les rangs. Mais c’est sans compter sur la bonne fée (encore elle) qui réapparaît pour un relooking express de Cendrillon : robe bustier noire griffée, paire de pointes neuves scintillantes et, luxe suprême, un accès VIP à l’ascenseur magique qui propulse directement notre héroïne au 99ème étage, chez le séduisant milliardaire. 

© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.

La suite respecte les codes du conte : coup de foudre, fuite précipitée à minuit et perte d’un chausson. Le prince entame alors sa quête visitant divers appartements, scrutant chaque voisine de la tête… au pied ! 

Côté musique, Anthony Rouchier réussit un pari risqué : conserver la partition originelle de Prokofiev tout en y glissant une touche électro-acoustique personnelle, parsemée d’effets sonores subtiles (échos, distorsions légères) qui modernisent sans trahir. On perçoit même quelques accents de jazz qui font mouche, notamment dans la scène du bal où les corps se libèrent avec des mouvements qui évoquent subtilement l’esprit de Jérôme Robbins.

Une troupe qui assure 

Victoria Pesce incarne une Cendrillon dont la technique précise se met au service d’une fraîcheur désarmante. Ses mouvement alternent entre ceux d’une fille fragile et déterminée. Face à elle, Clément Malczuk compose un golden boy charismatique dont les portés puissants racontent l’assurance d’un homme qui réussit tout ce qu’il entreprend. Mais c’est le trio infernal formé par les deux chipies de sœurs – Elisa Lons et Lorena Rodriguez – et leur mère qui nous captive le plus. Les premières jonglent habilement entre théâtre et danse, leurs mouvements saccadés et disharmonieux traduisent avec justesse leur mesquinerie. Leur maladresse et leur frivolité sont soulignées dans chaque arabesque volontairement ratée. Quant à Grahan Erhardt-Kotowich, il compose une belle-mère à la gestuelle brutale et sournoise, dont la simple présence scénique entraîne des rires dans la salle. 

© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.
À lire également : La playlist de Cendrillon

Cette relecture contemporaine offre un moment agréable porté par une troupe homogène qui se donne à fond. Cette version où Perrault rencontre les ado de Gossip Girl sans perdre la danse en chemin vaut le détour à Metz ! 

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]