ACTUALITÉ – Une polémique inattendue a agité le monde lyrique après des propos de l’acteur Timothée Chalamet, tenus lors d’un échange public avec Matthew McConaughey pour CNN et Variety, dans le cadre de la promotion de son film Marty Supreme, nommé aux Oscars. Déclaration de guerre ou simple étourderie ?
Au détour d’une question, dans le fil d’une longue réponse évoquant la volonté de maintenir les cinémas en activité et en action, l’acteur a déclaré qu’il ne souhaiterait pas travailler dans des domaines comme l’opéra ou le ballet, où l’on cherche selon lui à « maintenir quelque chose en vie même si plus personne ne s’y intéresse », en ajoutant toutefois « avec tout le respect dû aux gens du ballet et de l’opéra », sur le ton de l’humour et de la précaution inutile (là c’est nous qui citons le sous-titre du Barbier de Séville) puis reconnaissant qu’il lançait des coups sans raison. Enfin, après un moment de flottement, il achève sa plaisanterie par une courte imitation d’un chanteur d’opéra. Vous avez dit gênant ?
Les institutions renvoient la balle (de ping-pong)
Si cette pique peut sembler anecdotique, et si elle reprend des thèmes déjà rebattus et décryptés, elle a suscité un très grand nombre de réactions au sein des milieux de l’opéra et du ballet, et au-delà. De nombreuses institutions ont en effet choisi de répondre avec humour sur leurs réseaux sociaux. L’Opéra de Paris a ainsi publié une vidéo tirée de la production Nixon in China, où l’on voit une partie de tennis de table, accompagnée du message : « Plot twist : le ping-pong existe aussi à l’opéra, Timothée Chalamet », un clin d’œil évident au dernier film de l’acteur. D’autres institutions, comme l’Opéra de Zurich ou le Metropolitan Opera House, ont préféré transformer la controverse en occasion de mettre en avant leurs productions et leur travail. Paradoxalement, c’est un joli coup de projecteur sur eux, merci Timothée !
Mais plus encore, cette séquence a réalimenté un débat plus large sur la perception contemporaine des arts classiques. Certains artistes ont souligné la maladresse voire le mépris des propos de l’acteur, n’hésitant pas à lui répondre directement, comme la soprano américaine Nadine Sierra qui s’est fendu d’un lapidaire « [@tchalamet] You suck. » (« Tu crains. »), dans les commentaires de la publication Instagram du Met. Cyrille Dubois a également émis un avis éclairé sur la question :
Au-delà du bruit médiatique, la polémique remet sur la table des problématiques déjà largement évoquées : renouvellement des publics, nouvelles formes de création et rôles patrimoniaux, avenir des arts classiques et lyriques. Toutefois, l’humour de la plupart des réponses officielles prouvent la vitalité et la résilience d’un milieu conscient de ses forces et de ses faiblesses. À l’heure où le monde culturel ferait bien de se serrer les coudes, cette riposte en dit long. Sans rancune, Timothée !
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