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La musique russe dans tous ses états à Deauville

COMPTE-RENDU — Le 30e Festival de Pâques de Deauville consacre un concert à la musique russe avec des œuvres marquées du sceau de l’espérance signées Rachmaninov et Tchaïkovski, mais aussi du déchirement avec Schnittke.

Les séjours en Italie de Sergueï Rachmaninov et de Piotr Ilitch Tchaïkovski ont porté leurs
fruits. Le premier venait de subir un échec cuisant avec l’exécution de sa Première
Symphonie
en 1897, laissant le compositeur prêt à abandonner l’écriture. Une thérapie suivie d’un séjour salvateur en Italie va le remettre en selle. Écrite en 1900-1901, sa Suite pour deux,pianos n°2 op. 17 en quatre mouvements marque cette renaissance.

Quand l’inspi’ nous vient d’Italie

S’ouvrant sur une marche rayonnante, l’œuvre de Rachmaninov permet aux deux pianistes de laisser libre cours à leur virtuosité et à l’exposition de leur technique, avant un bref aparté plus sensitif avec ce thème évoquant son Deuxième concerto pour piano et orchestre. La romance inspire le troisième mouvement avec une danse endiablée, comme une tarentelle (danse du sud de l’Italie), évocatrice de ce séjour italien qui remit sur pied Rachmaninov. Les prestations aux deux pianos de Gabriel Durliat et de Kojiro Okada ne peuvent être ici dissociées tant elles s’entremêlent, se conjuguent et s’harmonisent de façon souveraine dans une musique marquée du sceau de la joie.

Festival de Pâques de Deauville 2026 © Yannick Coupanec

Le Sextuor pour deux violons, deux altos et deux violoncelles op. 70 porte comme titre « Souvenir de Florence ». C’est d’ailleurs dans la capitale toscane que, quelques semaines auparavant, Tchaïkovski a composé son opéra La Dame de pique, dans des conditions idéales pour lui. La genèse du Sextuor fut infiniment plus compliquée : le compositeur, comme il le confiait à son frère, franchissait non sans difficulté les obstacles induits par la présence de ces six voix à la fois indépendantes mais aussi semblables. Mais Piotr Ilitch a brillamment réussi l’exercice, livrant une partition enchanteresse, où la mélodie la plus suave se mêle au chant populaire avant ce final explosif qui cueille l’auditeur.

Festival de Pâques de Deauville 2026 © Yannick Coupanec

Emmanuel Coppey et Vassily Chmykov au violon, Anna Sypniewski et Paul Zientara à l’alto, Maxime Quennesson et Caroline Sypniewski au violoncelle, furent les interprètes éperdus de ce Sextuor follement salué par le public.

Le désespoir d’Alfred Schnittke

Le Quintette pour piano et cordes op. 108 de Schnittke, composé en 1976, offre une opposition complète aux deux autres pièces présentées. Composé suite au décès de sa mère adorée, ce Quintette fort complexe au niveau de l’écriture se veut un hommage posthume à cette dernière à travers un vibrant cri de douleur et presque d’effroi devant cette tragédie qui retentit comme un adieu définitif à l’enfance.

Une noirceur profonde et éternelle s’imprime sur les cinq mouvements successifs, de façon à la fois lancinante et fascinante. Cette musique sinueuse et presque glaçante par moments, d’un expressionnisme aux dissonances affirmées, impose une atmosphère lugubre ponctuée par un glas obsédant au niveau de l’aigu du piano ou par le martèlement au sol du pied du pianiste. Le motif pastoral qui vient clore ce Quintette n’apaise rien et l’éclaircie qu’il dessine passe sans plus attendre : le piano resté seul laisse entendre un motif unique qui s’éteint peu à peu dans le vide. Tous les interprètes, dont Emmanuel Coppey en premier lieu qui dirige l’ensemble depuis son violon, Vassily Chmykov, Paul Zientara à l’alto, Caroline Sypniewski au violoncelle et Philippe Hattat au piano maîtrisent sans conteste cette partition qui demande nécessairement un travail de préparation intense en amont.

Festival de Pâques de Deauville 2026 © Yannick Coupanec

Malgré sa singularité, ce Quintette – qui n’est pas à mettre entre toutes les mains – a été accueilli avec transport par le public mélomane présent dans la salle Élie de Brignac, et clôt ce week-end musical dense au creux de la Normandie.

À Lire également sur Ôlyrix : Retrouvailles baroques au Festival de Pâques de Deauville

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