COMPTE-RENDU — Le concert de clôture des Flâneries musicales de Reims a de nouveau frappé fort, avec un programme XIXe siècle interprété par l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Véritable thérapie pré-vacances, le public en est ressorti comblé.
À la basilique Saint-Rémi de Reims, une dame à la robe à pois, adossée à une colonne, ne peut s’empêcher d’esquisser des mouvements de danse. À ses côtés, tout un auditoire, bouche bée, n’ayant plus aucune envie de parler avec son voisin, si tant est qu’il en ait eu envie auparavant. Dans les allées, de jeunes femmes avec des bouquets de fleurs à la main regardent dans la même direction. Tous observent avec intérêt le chef d’orchestre allemand Michael Sanderling et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg s’amuser comme des enfants, en pension complète dans le monde merveilleux de la musique romantique.
Un programme de soins complet
Leur terrain de jeu, Brahms et sa Symphonie n°4. Irrésistible Brahms, qui permet au chef de se pâmer dans le chaleureux phrasé du troisième B allemand (après Bach et Beethoven), le sourire irrésistible, encourageant encore et encore les cordes à aller au fond du son, car ce n’est jamais trop. De la cuisine généreuse ce soir. Tels des pensionnaires de thalassothérapie, tous les soins sont mis à l’honneur : le grand solo de flûte du dernier mouvement pour l’atelier méditation, stretching avec la verticalité naïve et enthousiaste du troisième, bain chaud avec le deuxième mouvement et ses riches violoncelles qui gèrent la température, sans oublier tous les pièges rythmiques du plaisantin Johannes, jamais avare de facéties piquantes, pour terminer la séance avec de l’acupuncture.
Dans le vif du sujet
À son arrivée dans la basilique, le public s’est vu offrir un Concerto pour basson de Rossini, préambule guilleret et virtuose, cachant les sensations fortes qui vont suivre. Le bassoniste Antoine Pichard, parfaitement au point, semble à certains moments gêné par l’acoustique grandiloquente de l’édifice. Les solos permettront davantage de profiter de sa finesse de jeu que les tutti, où l’orchestre prend trop le dessus. Une fois les formalités d’accueil réglées, les pensionnaires rémois entreront immédiatement dans le dur avec l’Ouverture de Coriolan de Beethoven. C’est le massage thaï, celui qui fait des dégâts, grâce à la belle énergie et à l’investissement de Michael Sanderling, qui s’est amusé comme jamais durant le soirée. Le public a suivi l’exemple. La salle de repos avec jets massant et verveine sera interprétée par l’exceptionnelle Charlotte Juillard dans la Romance pour violon n°2 de Beethoven. Le son de la violoniste, d’une grande pureté et d’une justesse absolue, enchante l’auditoire, avec une sensation de facilité déconcertante. Définitivement un élément hors normes dont Strasbourg peut être fier.
Une récupération sereine
Que de plaisirs donc dans une basilique qui se plaît à arrondir toutes les impulsions de l’orchestre. C’est elle qui a toujours le dernier mot, décidant de stopper sa résonance toujours après le geste du chef. Quelle insolence. Chez certains mélomanes ce concert résonne encore, au-dessus des crampes et autres courbatures. Il faut souffrir pour le beau !
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Finalement, le concert a pu avoir lieu dans cette magnifique basilique où il y a peu, tout spectacle était interdit pour risque de péril (problème de voute!)