COMPTE-RENDU — Dans l’église du Carmen de Peralada, le Trio Fortuny propose un programme qui traverse plus de deux siècles de musique pour trio avec piano, entre chefs-d’œuvre du répertoire, création contemporaine et chansons catalanes revisitées avec Judit Neddermann.
Au Festival Peralada, la musique de chambre trouve naturellement sa place. Pour ce concert, Joel Bardolet (violon), Pau Codina (violoncelle) et Marc Heredia (piano) ont imaginé un parcours à travers un large panorama du répertoire, avant d’ouvrir une parenthèse intimiste grâce à deux chansons traditionnelles catalanes interprétées par Judit Neddermann. Une manière de rappeler que cette formation peut tout raconter… même sans alto, qui devra encore patienter pour son invitation.
Trois instruments, mille paysages
Le programme ne cherche pas à raconter une histoire chronologique, mais à explorer les multiples visages du trio avec piano. Du Trio « Fantôme » de Beethoven au Trio n° 1 de Chostakovitch, en passant par Tchaïkovski et Mel Bonis, chaque œuvre révèle une nouvelle manière d’équilibrer les trois instruments.
La création de Ronde, commandée à Francesc Prat par le Festival Perelada, trouve naturellement sa place au cœur de ce parcours. L’œuvre joue avec les atmosphères, les textures et surtout avec le silence, utilisé comme un véritable élément de construction musicale. La présence de Soir rappelle également l’importance de faire vivre le répertoire de Mel Bonis, compositrice encore trop rarement programmée.
L’arrivée de Judit Neddermann apporte ensuite une respiration plus chaleureuse grâce aux arrangements, par Marc Heredia, de L’hereu Riera et Muntanyes regalades, avant qu’un magnifique Andante con moto du Second Trio de Schubert ne constitue sans doute l’un des sommets musicaux de la soirée.
Une conversation à trois… puis à quatre
Le Trio Fortuny impressionne avant tout par la qualité de son écoute mutuelle. Les entrées sont d’une grande netteté, les respirations communes donnent au discours une remarquable fluidité et chacun des musiciens affirme sa personnalité sans jamais rompre la cohésion de l’ensemble. Cette complicité se retrouve dans la richesse des nuances, la précision des dialogues et l’aisance avec laquelle le trio passe d’un univers musical à l’autre.
Judit Neddermann s’intègre avec beaucoup de simplicité à cette conversation musicale. Son interprétation, sobre et sincère, privilégie la clarté de la ligne vocale, la qualité du phrasé et une émotion toujours maîtrisée, apportant une touche de chaleur qui prolonge naturellement le dialogue instrumental.
Le rêve prend fin
Malgré la réverbération naturelle de l’église, l’acoustique permet d’apprécier les équilibres du trio, les jeux de timbres et les lignes contrapuntiques avec une belle lisibilité. Le public, particulièrement attentif tout au long du concert, réserve un accueil enthousiaste aux artistes à la suite de ce carrousel onirique et sonore.
En guise de remerciement, le Trio Fortuny offre deux bis : un arrangement du lied Morgen de Richard Strauss, puis une dernière chanson catalane qui permet à Judit Neddermann de retrouver la scène pour conclure la soirée.
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