DISQUE – Toujours sur les traces de Bach après son dernier album autour des concertos pour plusieurs clavecins, Bertrand Cuiller enregistre chez Ramée un nouveau disque autour de L’Offrande musicale, accompagné de Sophie Gent et de Frank Theuns.
Été 1747. Après de longues années de séparation, Bach part à Berlin retrouver son deuxième fils, Carl Philipp Emanuel. Nommé accompagnateur à la cour du jeune Frédéric II, Carl Philipp suit le monarque dans tous ses déplacements. Ce n’est que six ans plus tard que son père peut enfin venir le retrouver. Un voyage qui se révèlera prolifique et au retour duquel Bach composera L’Offrande musicale.
En effet, alors qu’il arrive à Potsdam chez Carl Philipp, Bach est invité par Frédéric II, qui a annulé le concert du soir pour le voir jouer. Pas le temps de se changer, Bach se précipite ! Le roi a mis à sa disposition les pianoforte de Gottfried Silbermann, sur lesquels Bach improvise d’abord un ricercar à trois voix sur un thème imposé. Déclinant ensuite la demande de Frédéric II d’une fugue à six fois, il se lance dans l’improvisation d’une autre fugue à six voix, à la stupéfaction de tous les spectateurs. Une fois de retour à Leipzig, Bach dédie au roi de Prusse cette Offrande musicale, basée sur les deux ricercar à trois et à six voix pour clavier, comprenant également une sonate en trio pour flûte, violon et basse continue.
Aux amateurs de Bach, Bertrand Cuiller poursuit ses propres offrandes. Le claveciniste crée une sorte de « réunion de famille » où il rassemble, en plus du thème royal (le ricercar à trois voix), des trios de Wilhelm Friedemann Bach (le fils aîné) et Carl Philipp Emanuel. Lui-même au clavecin, le directeur du Caravansérail est accompagné de Sophie Gent au violon et de Frank Theuns pour le traverso.
Un enregistrement réussi avec brio, dont les impressions générales sont celles d’une grande délicatesse, marquée par une volonté d’attention et de fidélité à la partition de Bach. L’interprétation des instrumentistes est d’une grande élégance, sans pour autant manquer de dynamisme et de souplesse. Les couleurs sont vibrantes, opulentes, et apportent lumière et chaleur au tracé géométrique des jeux. En témoignent la fluidité grâcieuse du Ricercar a 3 ou encore la vive intensité de l’allegro de la Sonata sopr’il soggetto Reale a traversa, violino e continuo.
Au clavecin, Bertrand Cuiller s’illustre par un jeu dynamique et engagé de bout en bout de l’enregistrement. On en apprécie la pétillance à laquelle répond la ligne nette, fine et ornée du violon de Sophie Gent. Au traverso, Frank Theuns propose quant à lui un jeu parfois plus pesant, mais ne manquant pas de vivacité. Les trois instruments se répondent avec énergie et enthousiasme.
Trois ans après ce qui sera ses dernières retrouvailles avec son fils, Bach s’éteint, laissant derrière lui cette Offrande musicale qui en sera l’écho.
A Lire également : Piotr Anderszewski à Montpellier - l’Offrande musicale de Bach
C’est pour qui ?
- les amoureux de Bach
- les amateurs du baroque
- les historiens de la musique
Pourquoi on aime ?
- pour la finesse de l’interprétation
- pour le regard historique
- pour Bach

