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Macbeth à Trapani : Écosse sauce Sicilienne

COMPTE-RENDU : Le festival « Juillet musical de Trapani » propose le Macbeth de Verdi en plein air dans une production mise en scène par Massimo Pizzi Gasparon. Le couple éponyme est incarné par Serban Vasile et Alessandra Di Giorgio. L’orchestre de l’Ente Luglio Musicale Trapanese est dirigé par Sergio Alapont. 

Le vent chaud des soirs d’été, un jardin méditerranéen, un air de Verdi : la dolce vita résumée en un festival !

Un paysage, si bien caché…

Si les festivals d’été alimentent chaque année largement les chroniques musicales, ce n’est clairement pas le cas du Luglio Musicale Trapanese (« Juillet musical de Trapani »), qui contrairement à ce que son nom indique s’étend d’ailleurs sur tout l’été et même une bonne partie du printemps. Rendons lui justice et parlons-en un peu ! Ancien, situé dans une région touristique et proposant une large programmation dont trois opéras mis en scène à des tarifs on ne peut plus attractifs, il semble avoir tous les atouts pour étendre sa notoriété. Ce n’est pas sa dernière production de Macbeth qui le démentira. Le spectacle se déroule en plein air au « théâtre » Giuseppe di Stefano (chanteur qui était d’ailleurs né en Sicile). Il s’agit plus précisément d’une scène aménagée en plein air dans le parc central de la ville (Villa Regina Margherita) avec tout le confort nécessaire pour assurer des productions de qualité : fosse cachée pour les musiciens, fond de scène, sièges rembourrés pour le public, etc. Pas question de tricher pour autant, aucun système d’amplification à l’horizon et c’est bien heureux ! Le public profite ainsi sans altération de toutes les textures de la sublime musique de Verdi. 

Trapani, simplement… ©DR
Drama… and Queens !

Celle-ci tout comme le livret de Francesco Maria Piave est particulièrement bien servie par Alessandra Di Giorgio et Serban Vasile qui incarnent les Macbeth. Ils travaillent en symbiose et donnent toute sa théâtralité à ce couple maudit, galvanisé par un arrivisme criminel jusqu’à finir fatalement dévoré par sa folie coupable. Alessandra di Giorgio en plus de sa voix suave et nuancée joue son rôle avec l’étoffe des grandes actrices italiennes. Les regards, le visage, la posture, le phrasé, tout concorde dans la jubilation et l’intransigeance du personnage. Les actions sont amplifiées et cela convient tout à fait à son rôle, que Shakespeare n’a pas conçu dans le naturalisme mais dans un certain archétype. Sa scène de somnambulisme à l’acte 4 est particulièrement poignante.

Elle se montre endurante tout comme son mari du soir, le baryton Serban Vasile. La voix de ce dernier convient à son rôle qu’il chante avec une sobriété bienvenue permettant de souligner les moments forts ou de bascule par des accentuations de son chant. Elle porte suffisamment et demeure audible. Son jeu souligne les nombreuses introspections soulevées par les insolubles dilemmes et pressions auxquels fait face son personnage. Mauro Secci chante Mcduff avec un timbre léger et fluide. Andrea Comelli fait un Banco bien stable tant scéniquement que vocalement. La puissance de sa voix est bien appréciable.

Les rôles secondaires Melissa Purnell, Paolo Gatti, Saverio Pugliese, Enrico Caruso (ça ne s’invente pas), Gaspare Provenzano, Vito Pollina et Federica Pinco prennent toute leur part dans le succès de cette production avec mention spéciale pour l’implication des deux enfants incarnant les « apparitions » de l’acte 3. 

Un Verdi un peu farniente

Peu aidé par l’acoustique de plein air, l’orchestre de l’Ente Luglio Musicale Trapanese dirigé par Sergio Alapont offre une interprétation plutôt élégante de la partition de Verdi allant parfois jusqu’à verser dans la timidité. Il est coordonné dans son ensemble et précis dans les attaques. La richesse des détails de la musique de Verdi est cependant négligée et l’on se prend parfois à chercher tel instrument ou tel motif. L’interprétation gagnerait à être plus effusive, que ce soit dans le volume général mais également dans l’accentuation ou la durée de certains effets. Cela aiderait la mayonnaise à prendre et entrainerait le public plus intensément dans le spectacle. Le chœur de l’Ente Luglio Musicale Trapanese est articulé et précis dans ses interventions. Il est agrémenté de figurants et se fond dans la mise en scène par ses configurations spatiales et ses mouvements d’ensemble engendrant des effets de fluidité dans les scènes. 

Un choeur d’enfer ! ©Luglio musicale trapanese
L’opéra c’est comme les pâtes : ça ne se fait pas n’importe comment

« Teatro di tradizione » c’est le slogan des Luglio Musicale ! Cette mise en scène lui fait honneur. Exit les bouches de métro, EHPAD, stations spatiales ou autre motel sordide, les Macbeth sont bien dans leur château en Ecosse et les sorcières dans leur bois. Massimo Pizzi Gasparon, qui assure en plus de la mise en scène, la conception des décors, des costumes et des éclairages est pourtant très loin de manquer d’imagination. Les tableaux qu’il dessine sont peints avec la plus grande minutie. Chaque personnage, chaque accessoire occupe une place précise et calculée ce qui confère des qualités plastiques à la pièce et permet de souligner les symboles clefs : les dagues pour le crime, les couronnes (et notamment celle que se pose elle-même Lady Macbeth) pour le pouvoir, les apparitions…

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En dehors de deux estrades noires sur les côtés permettant certains placements de personnages, le décor est exclusivement constitué d’un écran de projection en fond de scène représentant les lieux de l’action ou des éléments abstraits tel que l’émotion d’un personnage. Ces projections s’avèrent très esthétiques et les détails graphiques bluffant. Elles changent de couleur au fil des introspections des personnages : se tachant d’un rouge sang lors de l’expression de leurs pulsions criminelles, d’un orange ardent pour leur incandescente ambition. Seul petit bémol, la lumière blanche est parfois un peu trop agressive et tend à éblouir les spectateurs quand elle se ravive dans la pénombre de la Villa Margherita. Les costumes sont harmonieux et bien conçus. Ceux amples des sorcières accentuent la dynamique de leurs mouvements. La longue tunique blanche, large et ample de la scène de somnambulisme de Lady Macbeth ressort particulièrement avec l’éclairage et confère à Alessandra Di Giorgio un aspect fantomatique préfigurant sa mort imminente. Le placement des chanteurs dans certains airs et duos sur un parcours en avant de la fosse est particulièrement bienvenu pour améliorer leur portée dans l’acoustique de plein air et donner plus d’intensité à ces scènes. 

Décor fidèle… ©Luglio Musicale Trapanese

Bien que l’offre de billetterie soit attractive (de 25 à 45€ en plein tarif selon les catégories), le « théâtre » est loin d’être rempli, par insuffisance de communication probablement. L’enthousiasme du public peine à se faire sentir malgré la qualité indéniable de ce Macbeth que la force théâtrale d’Alessandra Di Giorgio, le timbre chaud de Serban Vasile et la plastique des tableaux de Massimo Pizzi Gasparon font chatoyer. Si le choix de programmer cet opéra plutôt sombre était peut-être un peu lourd pour un festival de plein air dans une ville balnéaire, gageons que les prochaines productions, à savoir : le Barbiere de Rossini, roi des opera buffa et la Bohème, blockbuster de Puccini devraient remédier à cette infortune. 

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