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Jules César et Cécilia Bartoli : Hændel à la pointe (de la pyramide)

OPERA – Après Monica Bellucci en Cléopâtre mémorable, Cecilia Bartoli se prête à l’exercice d’incarner la reine et ses déboires politico-amoureux sur la scène du centre culturel BOZAR. Si beaucoup se sont interrogés sur la beauté de son nez, combien ont-ils pu noter la qualité de sa voix ?

Cecilia Bartoli se produit en tournée européenne en compagnie des Musiciens du Prince-Monaco, orchestre qu’elle a co-fondé en 2016 avec son prédécesseur Jean-Louis Grinda. Le public français a dernièrement pu apprécier le spectacle Giulio Cesare in Egitto, présenté en version-concert aux Champs Elysées. C’est à présent au tour de la Salle Henry Leboeuf de se faire palais d’accueil pour l’Opus Magnus de Hændel. Depuis plusieurs années, l’autonome sonne le passage de Cecilia Bartoli à Bozar : arrêt obligatoire pour toute tournée de la chanteuse qui, comme à son habitude, se produit devant une salle pleine à craquer.

« Misérable est l’amour qui se laisserait mesurer »

Shakespeare, Antoine et Cléopâtre
Contexte : le dessous des cartes
48 av. Jésus-Christ : après l’Armoriquee, l’Égypte est la prochaine cible de Jules César © DR

Égypte, en l’an 48 avant Jésus-Christ : Jules César se trouve impliqué dans une compétition pour le pouvoir qui secoue la dynastie royale égyptienne. Cléopâtre élabore un complot en vue de renverser son frère Ptolémée, menant à un conflit historique néfaste, dont la seule lumière qui subsiste reste la célèbre histoire d’amour naissante entre Cléopâtre et César.

Cent ans avant Hændel, Shakespeare narrait les déboires de César tout en évitant le sujet épineux de Cléopâtre. Haendel, lui, y voit une histoire de caractère et s’empare de la romance, se focalisant sur la reine au profil piqué et séducteur. Sous le commandement de Haendel, l’auteur italien Nicola Francesco Haym fut chargé de reprendre un texte de Giacomo Francesco Bussani (Venise, 1677) afin d’élaborer un opéra en trois actes regorgeant d’action.

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Giulio Cesare in Egitto, HWV 17 (1724) se distingue indéniablement comme l’une des compositions les plus remarquables de Hændel. Toutefois, avant de revêtir son aspect historique autour de la « lutte des culture », l’opéra aborde essentiellement le thème de l’amour avec une complexité certaine. Contrairement à la plupart des opéras où les conflits politiques viennent entraver les élans du cœur et autres passions, ce sont ici les divergences politiques qui encouragent l’épanouissement puis l’affirmation de sentiments exaltés.

La première fut un franc succès. Francesca Cuzzoni se vit attribuer le rôle de Cléopâtre, marquant ainsi l’histoire avec son magistral registre de soprano et une rivalité tumultueuse avec Faustina Bordoni. Le rôle de César fut confié à Francesco Bernardi (Senesino), un castrat alto renommé, mais dont la réputation personnelle était entachée par des allégations de discours obscènes et de comportement misogyne à maintes reprises.

La version concert permet d’accéder en trois heures de temps à la partition originale (moins quelques passages coupés) servie par un casting maîtrisé et jeu théâtral très naturel. Aucun décor n’est ici nécessaire, les interprètes évoluent sur scène avec une facilité de jeu déconcertante, en opposition avec la précision vocale de chacun.

Une distribution royale
  • Clou central du spectacle, Cléopâtre trouve en Cecilia Bartoli une reine au profil défini et raffiné. Tenant son rôle avec détachement, tout en facilité, Cecilia Bartoli semble presque se jouer de la scène et de ses règles. Chaque apparition s’accompagne d’une série d’applaudissements généreux. Tantôt dissimulée sous un drap afin de se faire passer pour une égyptienne à la voix poussive, elle se présente ensuite en Cléopâtre certaine et souveraine (chevelure brune coupée en carré classique, façon Goscinny et Uderzo), avant de s’offrir, sensuelle, entourée de deux serviteurs secouant des flabellum (éventails en plume d’autruches). Les aigus ruissellent, modelés avec finesse et vibrato fin.

  • Carlo Vistoli et sa voix de contre-alto incarne un César profond et puissant. Tenant les notes sombres avec un cuivré très personnel, ses aigus sonnent particulièrement clairs et s’accordent à merveille avec ceux de Cléopâtre. Véloce, précis, l’interprétation semble presque facile pour Carlo Vistoli, qui tient souffle et vocalises avec prestance et panache.

  • Kangmin Justin Kim réussit à s’imposer dans la distribution avec un dessin vocale très clair et limpide. Brillant dans le tragique, la voix réussit à s’enrober de graves plus timides mais résolument précieux pour le chanteur contre-ténor incarnant Sextus.

Fun fact : Kangmin Justin Kim est également passionné de tricot et a conçu des pièces pour des magazines et livres. Fort d’un humour et d’une fraicheur remarquée, le chanteur coréen s’est également produit en imitation de Cécilia Bartoli sous le nom de scène de Kimchilia Bartoli, proche du monde du Drag (Le drag est une forme de performance utilisant notamment le vêtement, le maquillage, la coiffure, et l’expression scénique visant à jouer un genre de façon volontairement exagérée). C’est grâce à cette interprétation que Cecilia Bartoli avait finalement invité le chanteur à rejoindre le casting au service d’un rôle plus sombre.

  • En réponse à la gravité de Sextus, sa propre mère Cornelia redouble de pathos avec une voix très enrobée et sombre. Si la plupart de la distribution marque un registre clair et limpide, Sara Mingardo dessine son rôle avec une chaleur et obscurité très appréciée. Maternelle, protectrice et très emphatique, Cornela trouve en la contralto une compréhension profonde du rôle.
  • Max Emanuel Cenčić incarne un Ptolémée plus discret. Précis et saillant, la voix du contre-ténor croate sonne légèrement plus métallique et altier.
  • Le bolivien Jose-Coca-Loza et sa voix de basse réussit à marquer la distribution avec une gravité plus solitaire et une générosité de voix vibrante et autoritaire.

On notera une qualité de distribution à la mesure de celle de l’orchestre sous la direction de Gianluca Capuano. Enlevée et précise, la partition est rendue avec une grande fidélité, tant historique que narrative. La musique tempérée répond à la théâtralité du jeu des solistes, soutenu par une facilité déconcertante d’interprétation.

Mission Cléopatre accomplie !

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