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Chaplin à Strasbourg : le sourire aux lèvres, la larme à l’oeil

DANSE – Le ballet de l’Opéra National du Rhin, à Strasbourg, présente jusqu’au 16 décembre une mise au répertoire originale, avec Chaplin de Mario Schröder. Un spectacle qui passe du rire au larmes pour raconter la vie de Charlie Chaplin. Un spectacle haut en couleur pour le champion du noir et blanc…

Nos temps modernes

C’est la dernière image du film. Charlie, héros des temps modernes enfermé dans sa boîte à images en noir et blanc, muré dans le silence. Dernier paradoxe d’un homme du muet qui aura passé sa vie à dire, sans jamais parler. Dehors, ayant reçu la violence du mur de verre qui le coupe irrémédiablement de son ami, Charlot marche lentement, droit devant. 

Dans les films, c’est le soleil qui se lève sur lui, avec l’espoir d’une vie meilleure, ailleurs. Dans le spectacle de Mario Schröder, le soleil se couche, laissant place aux temps sombres qui reviendront un jour, quand nous n’aurons plus, pour nous consoler de la violence du monde, le sourire de ce visage et sa mélancolie grimée de lumière. Quand auront disparus de nos mémoires la canne et le chapeau. Les rires et les pleurs. Chaplin.

Faites que ce temps ne vienne jamais…

The Kid : enfance abîmée

L’image éculée du vieux clown qui se démasque devant le miroir, laissant affleurer à chaque passage de l’éponge un peu plus de sa face abîmée, cette image ne marche pas avec Charlie Chaplin. Un peu trop mélo pour Charlot ! Pourtant, c’est bien Pagliacci, le clown triste le plus célèbre de l’Opéra, que Mario Schröder a choisi pour introduire son spectacle. Musique tragique pour souligner les peines de l’enfance. Charlie a grandi à Londres, élevé par un père violent et alcoolique et une mère coutumière d’épisodes délirants.

Pagliacci, premier tableau d’une vie qui se raconte en musique. Car c’est bien un biopic d’un nouveau genre que propose Mario Schröder. Un biopic en ballet. Brahms, Britten, Wagner, John Adams : le chorégraphe convoque tout ce que les films de Chaplin lui évoquent. La Danse hongroise n°5 pour reproduire la scène hilarante du barbier dans Le Dictateur, Charles Ives pour assourdir le vacarme de la guerre, et le coup de poignard final : l’Adagio pour cordes de Samuel Baber, pour le clap de fin d’une tristesse absolue que nous racontions plus haut.

© Agathe Poupeney
Charlie et Charlot

Une heure et demie de spectacle pendant laquelle le ballet de l’Opéra du Rhin, parfait d’investissement et de coordination, exécute les pas de cette chorégraphie brillante. Il faut le dire, les rôles centraux de Charlie et Charlot sont incarnés par deux étoiles (au sens figuré) : Ana Enriquez (Charlot) et Rubén Julliard (Charlie). Le duo, colonne vertébrale du spectacle, ne quitte jamais la scène, multipliant les pirouettes, les cascades, les traversées et les gags de cette partition pour corps qui imite à la perfection les gestes et la démarche de notre Chaplin bien aimé. Quel boulot, quelle performance ! À la fin du spectacle, si les applaudissements manquent de jus, c’est parce que le public est encore bouleversé par la dernière scène. Pour autant, il fait l’effort de montrer son admiration pour ce duo qui nous aura offert quelques numéros d’une beauté absolue, comme la scène de rencontre entre Charlie et Charlot, quand le marionnettiste invente son double.

À lire également : La playlist de Cécile Pruvot, dessinatrice
© Agathe Poupeney
Smile

Dans ce spectacle ô combien précieux monté par Mario Schröder, tout est exploré de la vie de Chaplin : les femmes qui ont croisé son chemin sans jamais arriver à le suivre, le succès fulgurant, la fin du cinéma muet, jusqu’à la période sombre du Maccarthysme où il sera interdit de territoire aux États-Unis, précipitant son exil en Suisse et son enfermement dans le silence. Tout au long du spectacle, une question nous obsède : si aujourd’hui un gamin des bas-fonds de Londres, de Rio de Janeiro ou de Bangkok, à qui rien n’était offert, arrivait en regardant le monde avec les yeux grands ouverts, nous invitait à en faire de même, comment notre époque l’accueillerait-il ? Y’a-t-il encore parmi nous des esprits capables de comprendre la naïveté, et de déceler la profondeur, derrière la pantalonnade ? Pas sûr…

Notre monde n’est pas moins vaniteux, pas moins inquiet, pas moins injuste. Nos existences ne sont pas moins traversées par le besoin de nous en émouvoir. Le « Smile » de Chaplin n’est pas une injonction à ignorer nos malheurs. C’est une invitation à sourire, coûte que coûte. À nous aimer, à tort et à travers. À pleurer, en même temps qu’on s’abandonne. Smile…

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