AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalLa leçon d'architecture de Riccardo Muti

La leçon d’architecture de Riccardo Muti

CONCERT – Alors que l’exposition sur l’architecte Belge Victor Horta s’achève au centre culturel Bozar, la Salle Henry Leboeuf accueille une lecture magistrale sur la construction musicale en trois temps.

Directeur de l’Orchestre Symphonique de Chicaco depuis 2010, Riccardo Muti est passé « directeur émérite à vie » en 2023. C’est à ce titre qu’il est actuellement en tournée européenne, la 35è de sa carrière. Au programme, le CSO met en perspective la musique de Mendelssohn, Prokofiev et et pour clé de voute, la dernière composition de Philipp Glass. Chef et contre-maître de l’architecture pensée par le compositeur américain, Riccardo Muti dirige en puissance.

Au commencement était le nombre 8

Triumph of the Octagon, composée en 2023 par Philip Glass, puise son inspiration dans le souvenir d’enfance de Muti face à la découverte de Castel Del Monte lors d’un voyage en famille. L’expérience esthétique fut si marquante que Muti conserve encore aujourd’hui une photographie du Castel sur son bureau à Chicago. Opus de collaboration entre l’architecte et le contre-maître, Triumph of the Octagon fait suite à la Symphonie n°11 qui avait officialisé leur rencontre et leur riche amitié. Riccardo Muti dirigeait alors pour la première fois une partition de Philip Glass, menant à la commande de Muti et du CSO pour le Castel del Monte.

Riccardo Muti
© Todd Rosenberg

« J’ai été surpris de trouver le château construit par l’empereur Frédéric II sous mes yeux, comme une énorme couronne tombée du ciel, un spectacle saisissant que je n’ai jamais oublié ». 

Philip Glass
© Wikimedia Commons

Bien que j’aie souvent composé sur des thèmes liés à des personnes, des lieux, des événements, ou des cultures, c’est la première fois que je crée une œuvre inspirée d’un bâtiment. Ce qui est devenu évident, c’est que je ne composais pas tant sur le Castel del Monte en lui-même, mais plutôt sur l’imagination d’une personne (Muti) face à un tel endroit.

Nombre d’Or

Érigé en 1240 par Frédéric II, Le Castel del Monte arbore des influences gréco-romaines, islamiques et gothiques. Avec sa structure si particulière, l’édifice se distingue du paysage traditionnel architectural des Pouilles et pu être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996. Palais dépourvu de tout système de défense, sa géométrie octogonale approche le bâtiment d’un ordre mathématique céleste, géométrique, arithmétique et astronomique qui serait capable de lier le ciel à la terre. Basée sur l’utilisation du nombre d’or, la configuration de cet édifice, sa cour intérieure et ses huit tours lui confèrent une allure de couronne.

Castel Del Monte © Wikimedia Commons

Le Castel del Monte représente une incarnation mystique radicalement musicale. Cette dimension numérique transcende la simple coïncidence et rejoint ainsi d’influence la musique contemporaine, comme celle de Philip Glass.

La disposition des ouvertures (Du Castel de Monte) exprime le mouvement de l’univers tel qu’il est décrit dans le Timée de Platon.

Vasco Zara

Poème de sonorité sans prétention, les airs moelleux et ouatés des violons s’étoffent progressivement vers les flûtes, hautbois et clarinettes dans une répétition cyclique et tranquille, typique de Philip Glass. De nostalgie en aventures du passé, le compositeur réussit à faire resurgir la sensation infantile de la découverte, de l’aventure et de l’émotion pure du beau. Entre Nostalgie intime et construction du souvenir, l’Orchestre Symphonique de Chicaco bâtit la géométrie implacable de l’octogone et forme une restitution fidèle de l’architecture du Castel, complexe et élévatrice. Riccardo Muti, à la direction, fait face à son souvenir, rythmant l’orchestre avec une quiétude maitresse.

Carnet de voyage : Mendelssohn l’italien

Poursuivant le voyage en terre italienne, la Symphonie n°4 de Felix Mendelssohn invite à l’émerveillement que procure le paysage transalpin. La Symphonie italienne trouve son origine chez Goethe, dont le conseil amical et presque paternel poussa le compositeur à s’immerger dans les splendeurs des paysages européens. Depuis leur première rencontre 1821, Goethe a suivi avec un intérêt soutenu le développement artistique du musicien.

L’Italie enfin! Ce que j’ai considéré toute ma vie comme le plus grand bonheur possible a maintenant commencé, et je m’en délecte.

Extrait d’une lettre de Mendelssohn à ses parents.

L’expérience latine insuffla en Mendelssohn un souffle créatif inédit, dont on peut sentir la vigueur à travers les rythmes de sa Symphonie. Mendelssohn a consacré trois ans à la composition de cette œuvre, entamant son ébauche lors de son en 1830. L’œuvre fut finalement achevée et présentée pour la première fois en 1833 à Londres, laissant à Mendelssohn un léger gout d’inachevé. Après de nombreux remaniements, Mendelssohn ne parviendra jamais à la remanier d’une manière qui le satisfasse. Le compositeur perfectionniste tente de rendre la vivacité de ses souvenirs, qu’il est également possible de retrouver grâce à son talent d’aquarelliste. Un bon exemple reste la vue du village de Cadenabbia, en bordure du Lac de Côme qui témoigne de la quiétude et de l’énergie vibrante que la Symphonie n° 4 peut offrir.

À lire également : Avec Fabio Biondi, Mendelssohn passe son Bach
Aquarelle de Mendelssohn du village de Cadenabbia sur le lac de Côme, Italie 1830. Collection privée.
Victoire !

L’Orchestre Symphonique de Chicaco pousse la puissance guerrière pour la Symphonie n° 5 de Sergueï Prokofiev. Opus de victoire, les quatre mouvements sont destinés à l’exaltation de la grandeur humaine, son pouvoir et son élévation. Présenté en janvier 1945, l’opus patriotique marquait la victoire de l’Armée Rouge sur la Wehrmacht et propulsait Prokofiev à la distinction du prix Staline. Servant la construction brillante et lumineuse, les percussions sont au rendez-vous sous la direction très énergique de Riccardo Muti. On notera la quiétude en comparaison du chef, connu pour la maitrise patiente de ses effets.

Au sommet de l’architecture élevée par ces 3 compositeurs, Muti observe son public en compagnie d’un orchestre complice, heureux de partager un dernier petit morceau typique Italien : l’intermezzo de Manon Lescaut. Un concert décidément bien bâti…

Demandez le programme !

  • F. Mendelssohn – Symphonie n° 4, dite L’Italienne
  • S. Prokofiev – Symphonie n° 5
  • P. Glass – Triumph of the Octagon
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