CONCERT – Ce samedi 18 janvier, le Palau de la Música de Barcelone vibre au son d’un programme 100% espagnol, avec l’Orquestra Simfònica del Vallès, dirigée par un Xavier Puig plein d’énergie, et la guitare virtuose de Juan Manuel Cañizares, accompagnée des palmas d’Angel Muñoz et Charo Espino. La soirée propose un voyage musical dans l’âme d’une Espagne à la fois fière de son patrimoine et tournée vers l’avenir, avec des œuvres de Manuel Timón, Joaquín Rodrigo, Carlos Suriñach et Cañizares lui-même. Un véritable tour de force où chaque note de musique fait vivre une Espagne vibrante et plurielle. Article en forme de guide touristique, pour un séjour pluriel.
Aranjuez : éternelle
Ce programme célèbre tout ce qui fait l’essence de l’Espagne : la chaleur du flamenco, les ferias de Séville et des chefs-d’œuvre composés par des figures majeures de la péninsule ibérique. L’identité espagnole, unie et flamboyante, se révèle.
Le joyau de la soirée, El Concierto de Aranjuez de Joaquín Rodrigo, enflamme la salle. Juan Manuel Cañizares, à la guitare, offre une performance magistrale, alliant technique et émotion. L’échange entre la guitare seule et l’orchestre est une bataille amicale mais intense, où le rapport de forces déséquilibré oblige au soliste à utiliser ses armes : virtuosité et passion. Le chef d’orchestre Xavier Puig donne vie à l’Orquestra Simfònica del Vallès avec des gestes théâtraux qui font danser l’orchestre au rythme de sa baguette.
Barcelone : métissée
Le concert avait pourtant commencé sur une note totalement différente, avec Les trompetes de la mort de Marc Timón. Soutenue par le chœur féminin Cor de Noies de l’Orfeó Català, cette œuvre contemporaine plonge le public dans une ambiance sombre et cinématographique. Les crescendos dramatiques, les textures sonores innovantes et les contrastes saisissants transportent l’audience dans un univers fascinant, à la fois radieux et inquiétant. C’est une œuvre où chaque changement de rythme et chaque variation sonore semble raconter une histoire à part entière.
Grenade : incandescente
Avec Feria Mágica (Obertura) de Carlos Suriñach, les rythmes se déchaînent. Cette œuvre néoflamenca réussit l’exploit de relier tradition et modernité, offrant un moment aussi audacieux que captivant. Les rythmes décomposés créent un cadre à part, emportant le public dans un tourbillon sonore où la passion du flamenco rencontre l’innovation.
La soirée atteint son apogée avec le Concierto Al-Andalus de Cañizares. Les palmas d’Angel Muñoz et Charo Espino ajoutent une dimension percussive et festive, ramenant le public au cœur de l’Andalousie mythique. La fusion entre flamenco traditionnel et orchestre symphonique se mêle harmonieusement, créant une tension musicale qui emporte l’audience.
Le temps suspendu : le solo de danse flamenca d’Angel Muñoz
Pour clore la soirée, Angel Muñoz s’avance sur scène pour un solo de danse flamenca époustouflant. Pendant plus de cinq minutes, ses pas, ses regards perçants et son énergie brute suspendent le temps. Chaque geste, chaque mouvement de ses bras raconte une histoire bien plus vaste que celle de la danse elle-même. Le public, captivé, se lève en masse, criant des « Olé ! » qui résonnent comme un hommage à la pureté de l’art flamenco. C’est un moment de grâce, une performance où l’artiste, en parfaite symbiose avec son art, dévoile l’admiration du public.
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Ce concert n’est pas seulement une célébration de la musique espagnole ; il met en lumière une Espagne riche et multiculturelle, alliant passé et futur. Du flamenco à l’avant-garde, de la ferveur populaire à la sophistication symphonique, chaque œuvre montre une facette différente de l’identité espagnole. Même si l’événement se déroule en Catalogne, l’Espagne tout entière se fait entendre à travers cette musique sans frontières. Une soirée où chaque spectateur repart le cœur rempli de musique et, peut-être, l’envie irrésistible de frapper des palmas et de danser un flamenco.

