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Dominique Bluzet : Musique en Partage, « c’est l’art de la joie ! »

ARTICLE SPONSORISÉ – Dominique Bluzet est le cofondateur et directeur exécutif du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. À quelques semaines de l’ouverture de l’édition 2025, il revient avec nous sur une dimension spécifique de l’événement : Musique en Partage, faite d’interventions dans des structures sociales, des hôpitaux et les quartiers, pour accompagner à l’écoute musicale des jeunes jusqu’à 14 ans, ou encore proposer des masterclasses de grands professionnels pour les élèves des conservatoires locaux… Une initiative qui envoie la musique se promener à la rencontre des publics, là où ils se trouvent, pour transmettre les émotions de la musique, même là où on penserait qu’elle n’a pas sa place…

Musique en Partage est permis par ASSAMI une association de mécènes (entreprises et particuliers) qui s’engage pour l’accès à la culture comme valeur essentielle. Mais au fond, Dominique Bluzet, est-ce que la culture est réellement essentielle ?

Bien sûr ! On parle beaucoup de droits culturels aujourd’hui, et moi je parle beaucoup d’obligations culturelles. C’est-à-dire que si les citoyens avaient l’obligation d’être cultivés, il y a des raisonnements qui ne pourraient pas exister. On pourrait contrer des formes simplificatrices en matière de démocratie. Une structure culturelle, c’est un des garants du vivre ensemble et de la démocratie, dont il faut pouvoir évaluer l’efficacité. Est-ce que votre mission est correctement remplie ? Il faut pouvoir poser cette grande question au monde de la culture, et il faut qu’il puisse l’accepter.

Et la musique ?

Là-dedans, la musique a une singularité. Si vous regardez les principaux domaines du spectacle vivant : le théâtre s’adresse à la pensée parce qu’il y a le verbe ; la danse s’adresse à la vue parce que vous regardez des gens danser ; la musique, elle, s’adresse à vos émotions profondes parce qu’elle rentre dans votre corps comme nulle autre pareil. Le théâtre a un filtre qui est celui de l’intelligence, de la capacité de compréhension. Avec la musique, vous fermez les yeux, et vous pouvez sortir d’une logique politique ou rationnelle. Vous êtes transporté.

aller vers

Aidez-nous à résoudre un paradoxe : la musique émancipatrice est essentielle, mais comme elle s’appuie sur des professionnels de haut niveau, elle coûte cher, et elle n’est plus rentable. Or, vous la proposez parfois dans des événements gratuits. Comment on fait ?

Dans une société on fait des choix : la médecine, ça n’est pas rentable, les transports en commun ça n’est pas rentable et pourtant, on y investit beaucoup. Après, en miroir, il faut poser la question de comment on utilise l’argent. Est-ce qu’on se bat pour qu’il soit utilisé le mieux possible par rapport à la nécessité culturelle ? On a le droit de nous demander des comptes et on est en droit de dire à la société « attention, ce qu’on fait c’est très important, parce que si demain on arrête, alors vous vivrez dans un monde de violence et de guerre, parce que l’émotion n’aura plus sa place ». Donc, je crois que, bien sûr que la culture doit être accompagnée, financée, subventionnée. En contrepartie, le politique a le droit d’attendre de nous que nous ayons un sens de la dépense publique le plus acéré possible. Est-ce que ce qu’on attend de nous, nous l’accomplissons ? Ou est-ce que nous nous satisfaisons d’un entre-soi culturel qui, finalement, réduit d’année en année, comme peau de chagrin. C’est pour ça que moi, j’ai voulu que dans toute mon aventure, il y ait à la fois une partie payante, avec des taux de remplissage que l’on se fixe à 90% minimum, et une partie « aller vers », qui se demande comment on peut aller toucher des gens qui, pour X et Y raisons, n’ont pas accès aux salles…

Autre paradoxe : comme vous le disiez, la musique se passe de mots. Et pourtant, dans les dispositifs de médiation il y a un désir de parole très fort posé sur cette musique pour ouvrir les portes. Est-ce que vous y avez recours dans Musique en Partage ? Les concerts sont-ils présentés ?

Je dirais que malheureusement, on y est obligés. C’est-à-dire qu’avant, il y avait tout un travail qui était fait depuis l’enfance sur la musique, qui faisait qu’à la limite, on n’avait pas besoin de la parole. On écoutait une œuvre et on la ressentait. Aujourd’hui, ce ressenti, ces émotions, il n’y a pas de formation pour ça. On a des générations de Français qui ont appris la musique par la flûte à bec… Les oreilles se forment moins et, étant moins formées, elles se déshabituent du son de la musique classique. En Allemagne par exemple c’est différent, la musique est plus présente dans la vie des gens.

Un autre obstacle rencontré quand on veut faire venir les jeunes au concert, c’est le prix…

Alors là-dessus, c’est très simple et on connaît ça par cœur dans le Sud : un concert de Jul, c’est 60-70€, voire plus, et ça ne pose aucun problème à un jeune de payer ça ! Vous avez des jeunes qui vont payer 25 euros pour aller voir du stand-up, ça ne leur pose aucun problème non plus. Mais si vous leur dites « tiens, tu vas payer 10 euros pour aller voir Molière », c’est quand-même trop cher. Donc nous, en interne, on doit se demander comment faire en sorte de retrouver notre côté essentiel pour les générations montantes. Aujourd’hui, ce qui est essentiel pour elles, ce sont les réseaux sociaux. Alors comment est-ce qu’on invente ce New Deal, ce nouveau rapport entre l’art et les générations montantes ? C’est un sujet compliqué, je n’ai pas les réponses, mais il faut y travailler tous les jours. Et aller vers les gens, ça en fait partie. C’est-à-dire leur proposer gratuitement d’avoir cette émotion-là, et ensuite leur demander s’ils pensent en avoir besoin. C’est un début.

Il y a une philosophe italienne qui s’appelle Belinda Cannone qui a écrit un livre qui s’appelle Le Sentiment d’Imposture, c’est-à-dire cette parole qu’on entend partout : « c’est pas fait pour moi », « c’est pas ma place ». Soit parce qu’il n’y a pas de transport en commun pour se rendre au concert, soit parce qu’on a pas d’argent, soit parce que l’idée ne vient même pas à l’esprit, parce que c’est hors de leur vie. À cela nous répondons : « si c’est hors de vos vies, nous irons vers vous ».

À Lire également, nos articles Ôlyrix : la présentation de l'édition 2025 et un grand-format sur Aix à Pâques - un Festival en Partage

À côté de rendez-vous historiques (Verbier, La Grange de Meslay, La Roque d’Anthéron…), le Festival de Pâques est plus jeune. Il s’est construit dans un monde différent, et dans un territoire particulier. Qu’est-ce que vous avez appris, vous et Renaud Capuçon, votre directeur artistique ?

D’abord, Renaud et moi venions d’horizons assez différents, alors la première chose que nous avons apprise c’est à nous comprendre, et à accepter qu’il n’y a pas de frontières entre un milieu artistique et son territoire. Il n’y a pas l’excellence musicale d’un côté et ce qui relèverait de projets sociaux de l’autre. Il y a cette idée que la musique est un tout, que ce Festival de Pâques est un tout, qui a besoin de ces deux aspects. Car aujourd’hui, créer un Festival, c’est créer un monde. On ne peut plus regarder aujourd’hui un festival en regardant uniquement les concerts qui s’y passent. C’est une idée qui a 40 ans de retard. Voilà, il y a un Festival sur tel compositeur, sur telle forme musicale, un festival ceci, un festival cela, sur des thématiques bien précises. Nous, on a eu envie de construire un étendard dont j’ai appris aussi à lever haut les couleurs !

J’irais plus loin aussi : nous avons aussi appris à faire presque sans argent public. On a construit le Festival de Pâques avec des fonds privés, et en tout premier lieu, le CIC, partenaire fondateur, parce qu’on a su aussi y associer le monde économique et être à son écoute. C’est une joie qu’on partage avec les gens d’Aix-en-Provence, qui sont extrêmement fiers qu’on ait réussi à y créer un des plus grands festivals d’Europe en matière de musique classique.

Et enfin, personnellement, j’apprends de la littérature. Je parlais l’autre jour d’un grand roman italien qui s’appelle L’Art de la joie de Goliarda Sapienza, en me disant que c’était ça le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Que ce soit pour les spectateurs qui payent, pour les enfants, que ce soit pour ces jeunes des conservatoires ruraux, ou pour nous, pour les artistes, pour tout le monde : c’est joyeux d’être là !

Pour la programmation complète de Musique en Partage, rendez-vous sur le site du Festival de Pâques à partir de la mi-mars

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