AccueilA la UneSémiramis & Don Juan : Women Power à Favart

Sémiramis & Don Juan : Women Power à Favart

DANSE – L’Opéra Comique de Paris réunit deux ballets pantomimes composés par Gluck, deux chorégraphes contemporains, le Ballet de l’Opéra national du Capitole et Le Concert des Nations de Jordi Savall :

Pari audacieux de Beate Vollack alors nommée à la tête du ballet du Capitole de Toulouse : ressusciter ces deux ballets pantomimes de Christoph Willibald Gluck, pépites baroques oubliées. « Sémiramis » (1765) et « Don Juan ou le Festin de pierre » (1761), chorégraphiés à l’origine par Gasparo Angiolini et qui avaient, en leur temps, bousculé les codes : la danse cessait d’être un simple divertissement ornemental pour devenir un langage des corps, capable de transmettre une émotion au public (Gluck en fera d’ailleurs de même avec sa Réforme de l’Opéra).

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Confiés à deux chorégraphes contemporains, Ángel Rodríguez et Edward Clug, ces ballets renaissent dans une cohérence troublante.

Sémiramis en hymne féministe

Ángel Rodríguez transforme la tragédie de Voltaire – cette reine de Babylone qui épouse son fils à son insu – en un manifeste féministe contemporain saisissant. Son adaptation commence avec une vision puissante : sept femmes drapées de rouge, couleur de la passion, émergent d’une toile étendue au sol comme des divinités surgissant des entrailles de la Terre. Ces femmes semblent former une seule unité grâce à des mouvements de bras ondulants hypnotiques, évoquant une araignée tissant sa toile autour des hommes qui apparaissent ensuite.

Photos © David Herrero

La scénographie de Curt Allen Wilmer et Leticia Gañán fascine par sa simplicité : une toile monumentale qui s’élève imperceptiblement avant de s’effondrer brutalement avec une danseuse qui bascule en arrière depuis une pyramide humaine. Le chorégraphe s’affranchit volontairement de la narration pour célébrer la puissance féminine à travers une gestuelle forte : grands développés, jetés spectaculaires, écarts vertigineux. La danse épouse magnifiquement bien la partition. Si l’absence de fil narratif peut dérouter, le spectacle séduit par sa beauté.

Don Juan : jeu de séduction et rapports de force

Edward Clug offre à son tour une intrigue plus lisible avec ses trois personnages immédiatement identifiables : Don Juan, Donna Elvira et Sganarelle. Alexandre De Oliveira Ferreira campe Don Juan en magnifique Apollon arrogant, qui se transforme en prédateur à la vue d’une femme.

Face à lui, Marlen Fuerte Castro dessine une Donna Elvira qui inverse progressivement les rapports de force : victime muée en femme dominante compensant avec brio l’absence du Commandeur tandis que le séducteur tombe dans les abymes de sa noirceur. Kleber Rebello apporte la touche d’humour nécessaire en Sganarelle, même si le personnage mériterait plus de développement.

L’image d’ouverture, cet homme beau comme un dieu allongé torse nu, cerné par un cercle de danseurs, vêtus de rouge, qui effleurent son corps, évoque immanquablement le Boléro de Béjart.

Mais c’est le finale qui marque : sous les grondements de l’orchestre, Donna Elvira brandit un linceul blanc au-dessus du héros pétrifié sur sa monture équestre tandis qu’ondule à ses pieds une marée humaine.

Dès le prélude de cette soirée, une suite d’orchestre d’Iphigénie en Aulide, le spectacle plonge dans la thématique de la soirée et surtout dans l’univers du compositeur dont Le Concert des Nations et Jordi Savall déploient les magnificences baroques et nous parle, directement.

La gestuelle précise et passionnée du chef catalan révèle toute l’intensité de ces partitions, donnant l’irrésistible envie de fermer les yeux pour se laisser emporter par cette musique envoûtante… si cela ne privait de ces regards chorégraphiques contemporains et de la complémentarité de ce résultat ovationné par le public.

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