AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalBoris Giltburg en clair-obscur chez Chopin

Boris Giltburg en clair-obscur chez Chopin

FESTIVAL – C’est au pianiste Boris Giltburg que revient la tâche d’incarner le romantisme dans ce quatrième concert du Chamonix Vallée Classics Festival. L’Espace Michel Croz, sobrement éclairé de bleus discrets, accueille un récital centré exclusivement sur Chopin, où l’interprète, plus habitué à Rachmaninov, se mesure aux subtilités poétiques du compositeur polonais.

Les 24 Préludes op.28 ouvrent la soirée. Si certains choisissent de les présenter comme un recueil fragmenté, Giltburg en propose une lecture cohérente, tendue, souvent dramatique. Il attaque les premières mesures dans un style presque beethovénien, aux graves percutants, aux élans fulgurants, flirtant parfois avec le danger.

Prélude habité

Soutenu par une technologie discrète (partitions sur iPad et pédale de changement de page), il donne l’illusion d’un jeu libre de toute contrainte. Mais loin d’en faire une démonstration, Giltburg reste profondément habité par la musique, jusqu’à accompagner ses phrasés de respirations audibles, et de murmures involontaires. Son visage contracté par moment, son buste arqué au-dessus du clavier : tout dans sa posture évoque un combat entre contrôle et abandon. Glenn Gould n’est pas loin, toutes proportions gardées.

Le rubato, omniprésent, est utilisé avec une grande liberté, notamment dans le célèbre Prélude n°6 (“Suffocation”), où il étouffe volontairement le chromatisme de la main gauche au profit de la ligne chantée à la main droite, dans un esprit plaintif. À certains moments, on a l’impression qu’il n’a plus d’os dans les mains : le jeu est arachnéen, fluide, délesté de toute rigidité.

Une tension physique et sonore

La tension est constante, presque physique : le pianiste sue à grosses gouttes, mais ne cède rien à la fatigue. Chaque arpège, chaque cascade de notes devient une épreuve d’endurance maîtrisée. Pourtant, malgré cette énergie parfois martelée, une forme d’élégance demeure. La technique, chez Giltburg, est toujours au service de la narration.

Si l’on peut regretter une relative uniformité de toucher dans les passages piano de la première partie, tout change après l’entracte. L’interprétation gagne en rondeur et en souplesse. Le chant intérieur s’impose, les respirations s’installent. Le toucher se raffine.

Une complicité instinctive avec l’instrument

Une partie de cette intensité s’explique aussi par le choix du piano. Habitué à enregistrer sur Steinway pour le label Naxos, Giltburg préfère le Fazioli pour le répertoire de Chopin. Il joue d’ailleurs subtilement avec la pédale : tantôt à pleine semelle, tantôt du bout des orteils, il alterne sustain et una corda afin de contrecarrer cette différence de toucher et de dynamique.

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Deux bis pour dire merci

Mais la soirée ne s’arrête pas là. Giltburg revient, le sourire aux lèvres, pour deux bis : d’abord les 3 Old Viennese Dances, puis l’Étude op. 25 n°5 de Chopin, pour parachever ces deux heures de musique, comme une déclaration d’amour.

Verdict : un récital sous tension, un romantisme à fleur de peau

Le public, une nouvelle fois debout, acclame ce moment suspendu. Deux soirs, deux standing ovations. Là où Angela Hewitt offrait un Bach serein et intérieur, Boris Giltburg fait jaillir un Chopin tendu, vibrant, charnel. Deux visions, deux pôles, une même exigence. Le Chamonix Vallée Classics Festival confirme ainsi sa volonté de faire dialoguer les grandes figures du piano autour d’une montagne commune : l’émotion.

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