AccueilA la UneSeong-Jin Cho à Radio France : le temps de la maturité

Seong-Jin Cho à Radio France : le temps de la maturité

CONCERT – Cela fait plus de dix ans que Seong-Jin Cho a remporté le Concours Chopin et poursuit, en l’occurrence à la Maison de la Radio avec le Concerto pour piano n°2 aux côtés de l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung, un parcours entre délicatesse pianistique et ampleur symphonique.

Chopin retrouvé

Il y a quelque chose de circulaire dans ce retour à Chopin. Lauréat du concours en 2015, Seong-Jin Cho n’aborde plus cette musique comme un terrain de virtuosité, mais comme un espace de respiration. Dès les premières phrases, le toucher frappe par sa délicatesse. Le son est clair, jamais appuyé, toujours maîtrisé.

Le pianiste sud-coréen privilégie la ligne plutôt que l’effet. Les phrases s’étirent avec naturel, les nuances se déploient sans rupture. Il y a dans son jeu une forme de retenue, presque de pudeur, qui donne au concerto une dimension plus intime. La virtuosité est bien là, mais elle ne cherche pas à s’imposer. Elle se fond dans le discours.

Dialogue avec l’orchestre

Face à lui, l’orchestre accompagne avec attention, sans jamais alourdir le propos. La direction de Myung-Whun Chung veille à maintenir un équilibre constant entre le piano et les pupitres. Le dialogue reste fluide, respiré. Rien ne dépasse, tout s’inscrit dans une même logique de clarté.

On sent une écoute mutuelle, une volonté de construire ensemble plutôt que de juxtaposer soliste et orchestre. Cette cohésion donne au concerto une grande lisibilité.

Brahms en nuances

Après Chopin, le changement de climat est immédiat avec la Symphonie n°2 de Brahms. L’orchestre déploie ici une toute autre palette. Les nuances sont nombreuses, les dynamiques soigneusement travaillées. Les cordes installent une chaleur profonde, les bois apportent des couleurs plus mobiles, plus contrastées.

Sous la direction de Myung-Whun Chung, l’ensemble avance avec souplesse. Les phrases respirent, les transitions sont fluides, les équilibres bien tenus. Rien n’est figé. La symphonie se construit progressivement, dans une continuité qui évite tout effet de rupture.

Une soirée habitée

Le public suit avec attention ce parcours entre deux univers. D’un côté, un Chopin intériorisé, porté par un pianiste d’une grande sensibilité. De l’autre, un Brahms ample, nuancé, solidement tenu par l’orchestre.

La soirée enchante par sa cohérence. Elle montre un artiste qui, plus de dix ans après sa consécration, revient à Chopin avec maturité, et un orchestre capable de faire vivre Brahms dans toute sa richesse. Une musique sans démonstration, mais pleinement habitée.

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