COMPTE-RENDU — La ballade de Souchon au Théâtre Montparnasse offre un joli portrait au chanteur Alain Souchon, porté par l’excellente troupe de la Comédie-Française. L’occasion de redécouvrir avec plaisir des chansons qui n’ont rien perdu de leur force, et de comprendre pourquoi Souchon est encore là depuis plus de cinquante ans.
Créé au Studio-Théâtre de la Comédie-Française en 2023, La ballade de Souchon, comme son nom l’indique, s’attache à re-découvrir ce chanteur si singulier de la chanson française : mélancolique, flâneur, dandy séducteur mais surtout poète habité en permanence par des doutes. Éternel adolescent, Alain Souchon a toujours semblé profiter de ses succès à l’écart de notre monde.
Un bel album photo
Ses titres, comme Allô maman bobo, Le baiser, L’amour à la machine, La ballade de Jim ou Foule Sentimentale appartiennent à la mémoire collective de la chanson française. On les a entendus sur l’autoradio familial lors de ces interminables trajets en voiture pour les vacances d’été ou surgir lors de soirées. Souchon est à la fois connu et inconnu : tout le monde connaît une de ses chansons, mais l’homme reste mystérieux et insaisissable. Personne, ou presque ne connaît vraiment sa vie perso.
C’est précisément ce paradoxe que la metteuse en scène Françoise Gillard a choisi d’explorer. Car les chansons de Souchon sont comme des polaroïds qui révèlent notre image et celle de la société, elles nous touchent tout en demeurant volontairement floues. Un flou artistique, qui fait, peut-être au fond de Souchon un véritable poète.
Les polaroïds d’Alain
Le décor nous plonge immédiatement dans une atmosphère chaleureuse et feutrée – un intérieur évoquant peut-être la maison bretonne de Souchon : table rustique en bois, fauteuil et canapé aux cuirs bruns usés aux allures de divan de psychanalyste. C’est ici que six comédiennes de la Comédie-Française ont choisi de se retrouver – comme un apéro entre copines – afin de raconter à leur façon, la vie d’un artiste qu’elles semblent toutes apprécier.
La distribution intergénérationnelle réunit Françoise Gillard, Dominique Blanc, Aymeline Alix, Mélissa Polonie, Yasmine Haller et Emma Laristan, accompagnées de trois musiciens — guitares, violoncelle et claviers — qui enveloppent le tout d’une douceur nostalgique. Seize chansons ponctuent le spectacle, autant de polaroïds sur la vie perso de Souchon : son admiration pour Apollinaire et son poème Lorelei, ses rôles au ciné, L’Été meurtrier aux côtés d’Adjani, L’Amour en fuite avec Truffaut, et bien sûr sa complicité indéfectible avec Laurent Voulzy. Chaque comédienne s’empare d’une chanson et lui insuffle quelque chose de personnel, d’intime.
Le résultat est fort sympathique et convoque sans détour la mémoire affective d’un public d’une certaine génération, celle qui a grandi avec ces chansons en fond sonore. Une madeleine de Proust assumée, et plutôt réussie. Reste alors une question : cette ballade sentimentale parle-t-elle aux plus jeunes, à ceux pour qui Souchon n’est qu’un nom sur une playlist parentale ?
À Lire également : Natasha St-Pier s’offre une cathédrale
Photo de Une : © Tilly antoine via Wikimedia Commons

