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Chloé Dufresne et Anne Gastinel nous en font voir de toutes les couleurs à Rennes

COMPTE-RENDU — Choisir son programme, quelle joie pour les musiciennes et musiciens ! C’est ainsi que les œuvres du concert des 8 et 9 avril présenté au Couvent des Jacobins de Rennes ont été soigneusement sélectionnées par la cheffe associée de l’Orchestre national de Bretagne Chloé Dufresne et la violoncelliste Anne Gastinel.

Au premier abord on se dit : « Oh ? Des œuvres jouées aux alentours du printemps ! Pour deux concerts au mois d’avril, ça se tient ! » Seulement, il y a aussi le Second Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, et avec ça, la notion de légèreté printanière est quelque peu plombée ! Alors quoi ? Quel serait le fil conducteur ? Des compositeurs décédés jeunes ? Vieux ? Oubliés ? Politisés ? Que nenni ! Ce qui relie le tout est une saveur, une couleur orchestrale, des couleurs sonores toujours souples et partagées tout au long d’une soirée aux multiples états d’âme.

Lili voit la vie en rose

Le rose d’abord, avec D’un matin de printemps de Lili Boulanger, ouvrant le concert (dans la version orchestrale de Camille Pépin). Datée de 1918, cette pièce de quelques minutes révèle immédiatement le naturel de la direction de Chloé Dufresne. Telle une libellule, c’est de tout son corps qu’elle incite l’orchestre à la liberté et à créer une vibration à la fois pétillante et sobre. Mettant en valeur le langage impressionniste, la clarté de l’orchestre s’épanouit, les timbres se fondent et tournoient, se révélant plus sombres par moments. Une finesse de l’épaisseur d’un pétale et un charme qui s’épanouit telle une rose.

Chloé Dufresne et l’Orchestre national de Bretagne © Laurent Guizard
Dmitri reste de pierre

Chez Chostakovitch, de vrais pianissimi donnent une sensation d’intériorité et enrichissent la dynamique de la palette des nuances, sans surcharge. Tout du long, les nuances de ce bloc de roche se déploient à travers ses plis et replis abrupts. En bis, Gastinel propose un Prokofiev dont l’esprit vient fissurer le minéral implacable.

Anne Gastinel et l’Orchestre national de Bretagne © Laurent Guizard
Le repas d’une araignée bleue

Avez-vous déjà vu une araignée bleue ? Non ? Eh bien c’est ainsi que la version de Chloé Dufresne la représente. Sans oublier le noir des fourmis, le vert de la mante religieuse, le gris scintillant de la toile d’araignée, le doré des reflets du soleil. Tout ce petit monde des fragments symphoniques du Festin de l’araignée d’Albert Roussel est limpidement interprété. Les détails sont transparents, humoristiques. L’orchestre sonne souplement. Et les courbes, les arcs, les en-avants, les bras, les virevoltes. En 1913 c’était un ballet-pantomime adapté des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre. Spoiler alert : dans tous les cas, l’araignée, tout en mangeant, est mangée !

Chloé Dufresne et l’Orchestre national de Bretagne © Laurent Guizard
Schubert cherche encore sa palette

Enfin, la Troisième Symphonie de Schubert vient clore cette soirée de mille et une couleurs. En 1815, le compositeur a 18 ans et son écriture symphonique découle encore d’un style mozartien, tout en limpidité, souplesse et élégance. Là aussi, le charme émerge lorsque l’orchestre répond à cette tranquillité qui semble tracée au pinceau, à la recherche d’un style propre. Ce final apaisant et bigarré remporte les applaudissements du public, qui a des couleurs plein les yeux !

Anne Gastinel, Chloé Dufresne et l’Orchestre national de Bretagne © Laurent Guizard
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