COMPTE-RENDU – Il y a des concerts « en plein air ». Et puis il y a ceux qui décident de recréer l’extérieur… à l’intérieur. A moins que ce ne soit l’inverse ! Le guitariste et le violoncelliste proposent un programme ensoleillé, sans voir le ciel.
Ce 16 avril 2026, sur la mythique Place de la Concorde, le guitariste Philippe Mouratoglou et le violoncelliste Henri Demarquette invitaient leur public dans un espace pour le moins singulier : une tente fermée plantée au milieu de la place. Une sorte de no man’s land acoustique, où l’on aurait pu être n’importe où — sauf, paradoxalement, à la Concorde.
Car si la vue sur l’obélisque manque à l’appel, la bande-son, elle, ne fait pas défaut : circulation, sirènes, grondements urbains… autant d’invités non conviés qui s’invitent avec une régularité presque musicale. Une immersion sonore totale, mais pas exactement celle attendue pour un concert.
Duo « Sol » : soleil musical, météo urbaine
Dès les premiers mots, les artistes annoncent un programme placé sous le signe du « Sol » — non pas la note, mais le soleil. Un duo lumineux, latin, irradié par des compositeurs hispanophones. Dans le public, une forte présence latino-américaine confirme l’intuition : la promesse d’un voyage est bien là.
La première partie s’ouvre sur l’Espagne : Manuel de Falla, Pablo Casals, et même Maurice Ravel — Français, certes, mais qui a l’heur d’être Espagnol d’imaginaire. Les timbres de la guitare et du violoncelle s’entrelacent avec élégance, soutenus par une amplification qui, si elle rapproche les instruments, les éloigne parfois d’une certaine intimité.
Dans le Chant des oiseaux de Casals, moment suspendu par excellence, une sirène d’ambulance surgit comme un soliste impromptu. Improvisation involontaire, mais en place rythmiquement : difficile de ne pas saluer l’engagement de la ville dans cette performance participative.
Acoustique sous perfusion, poésie sous pression
Le paradoxe du lieu se confirme : on est dedans, mais tout rappelle le dehors. Sans le charme d’un vrai concert en plein air, mais avec ses contraintes — bruit, dispersion, fragilité acoustique. Les instruments amplifiés tentent de maintenir le cap, mais la texture sonore en pâtit parfois, notamment dans les aigus du violoncelle, où quelques problèmes de justesse apparaissent.
Et pourtant, quelque chose fonctionne. Peut-être justement grâce à cette tension permanente entre maîtrise musicale et imprévu urbain.
Cap sur l’Amérique latine
La seconde partie traverse l’Atlantique. Heitor Villa-Lobos, Radamés Gnattali, puis Astor Piazzolla prennent le relais. Les rythmes se densifient, les couleurs s’assombrissent, et le duo trouve un terrain plus naturel.
Le public, lui, ne s’y trompe pas : l’adhésion est immédiate, chaleureuse. Malgré les conditions, ou peut-être à cause d’elles, le concert crée un lien direct, sans filtre.
Bis et boucle bouclée
Après les applaudissements nourris, les musiciens offrent un bis qui revient aux origines du programme, avec Manuel de Falla. Une manière de refermer la boucle, comme un rappel que, même sous une tente au milieu du trafic parisien, le soleil n’était jamais très loin.

