AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueÀ Strasbourg, Mozart se frotte au 21ème siècle

À Strasbourg, Mozart se frotte au 21ème siècle

COMPTE-RENDU — L’Opéra national du Rhin programme à Strasbourg, avant Mulhouse et Colmar, Les Noces de Figaro remises au goût du jour par Mathilda du Tillieul McNicol de manière énergique et innovante.

Quand Mozart se heurte avec notre époque, voilà ce que ça donne. La metteuse en scène britannique assume une adaptation moderne et audacieuse. Le tout en restant fidèle à l’esprit originel de l’opéra bouffe. De quoi en mettre plein la vue au spectateur, qui voudrait presque se joindre à la fête…

© Klara Beck
La vie en rouge

L’heure est aux réjouissances dans la villa d’Almaviva, tandis que Corinna Niemeyer dirige l’Orchestre national de Mulhouse avec vigueur. La soprano Camille Chopin et le baryton-basse Lysandre Châlon incarnent bien l’esprit vif de Suzanne et Figaro. L’acte I s’ouvre sur une scène sensuelle, où l’on découvre le couple en plein ébats intimes. Une box cubique rouge leur tient lieu de chambre à coucher, coulissant depuis l’arrière de la scène. Ces installations incarnent physiquement les salles de la demeure du comte. On aperçoit ici des peintures stylisées, là des statues aux airs gréco-romains. Le tout sur un fond rouge éclatant harmonisé par des touches de gris, de blanc, ou de vert. Comme dans une galerie d’art. 

Sous le feu des projecteurs

Lunettes de soleil, costards ou costumes scintillants : les chanteurs ont tout pour briller. À l’image de la cantatrice Andreea Soare, alias Rosine-Comtesse Almaviva, qui émeut le public lors de son solo « Dove Sono » de l’acte III.

Quand une lumière stroboscopique est projetée sur les solistes, ces derniers miment un effet de ralenti. Un visuel qui semble sorti tout droit d’un film expérimental. L’opéra prend alors des airs de Gaspard Noé, avant de devenir un concert de pop. Nous sommes entre l’acte III et IV, le rideau vient de se baisser. Une musique pop-rock retentit dans les enceintes de la salle. Barberine, alias la soprano Jessica Hopkins, déchaînée, se met à danser. Fini les opéras traditionnels, place à la nouvelle génération.

À la fin, le comte finit en sous-vêtements sur scène, piégé par son épouse et humilié. Celui-ci, incarné par le baryton John Brancy, se distingue pourtant par son aura sur scène. Dans cet univers patriarcal, les femmes doivent se faire une place à coups d’épaules. Même la jeune Barberine subit les ardeurs d’Almaviva. Mais le mâle dominant finit par être puni, tout le monde est content.

Une leçon enfin apprise pour le XXIe siècle ?..

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