COMPTE-RENDU — La fête de la musique à La Seine musicale a réuni la crème des courageux d’Île-de-France, bravant et s’abritant de la fournaise extérieure pour assister à une nouvelle interprétation de la Neuvième symphonie de Beethoven, exécutée par l’orchestre Lamoureux.
Programme alléchant, mais, pour en profiter, il a fallu affronter la chaleur extrême afin de se rendre dans ce récent quartier de Boulogne-Billancourt, qui convient parfaitement au décor que la température suggère. Après avoir franchi un pont totalement vide et incandescent qui enjambe la Seine, les mélomanes de l’extrême se sont réfugiés sous la climatisation d’une des dernières merveilles architecturales de la région. Les attendaient l’orchestre historique Lamoureux et leur chef Adrien Perruchon, autour de la dernière symphonie du maître allemand.
Une accalmie bienvenue
La salle fait silence pour accueillir le chef d’orchestre, tradition oblige, et applaudir gentiment (l’insolation commence seulement à se dissiper). Climatisation ou pas, peu de différence pour l’orchestre dont l’énergie est telle qu’elle évoque la chaleur passée. Sous la baguette d’un chef qui le laisse faire et distribue des sourires à ceux dont il croise le regard, l’orchestre Lamoureux étonne à certains instants par sa puissance (les cors se sont bien fait plaisir avec les encouragements le poing levé du chef), tandis que le Chœur des Universités de Paris laisse éclater son plaisir de chanter à qui veut l’entendre.
Les solistes Myung Joo Lee, Sabina Kim, Bergsvein Toverud et Nicolas Cavallier (qui a remué la salle avec une entrée tonitruante) se joignent habilement à l’ambiance enthousiaste généralisée, même si les femmes seront parfois contraintes d’appuyer fortement le trait pour se faire entendre, avec un vibrato très rapide et ample, tandis que les hommes se feront à certains instants couvrir par ce chœur, définitivement au sommet de sa forme. L’insouciance de la jeunesse enflammée !
Soudain tout va mieux
Très vite, l’enfer du dehors est oublié, et la magie opère avec ce tube de l’Ode à la joie (définitivement installé au top 50 pour une 202ème année consécutive) dont personne ne se lasse, et qui sait se faire désirer en n’apparaissant qu’au bout de 45 minutes de musique. Des enfants et jeunes adolescents atteints de surdité viennent alors sur scène traduire en langage des signes les paroles salvatrices, ajoutant une magie et une portée tout à fait inattendues à ce concert, devenant désormais un événement. En attendant leur tour, ces enfants-livres ouverts se grattent, baillent, cherchent leurs parents dans la salle et surtout un emplacement pour ranger leurs mains encombrantes. Mais dès l’instant où ils entrent en action, le sourire apparaît tant la joie de communier avec un public conquis les habite, et l’envie de bailler ne devient alors qu’un lointain souvenir.
La fin approche
Miracle à La Seine musicale. Tout est oublié, tout est enchantement, les larmes coulent chez certains musiciens, non seulement pour se rafraîchir, mais surtout parce qu’il s’agit d’un point d’orgue avec ce cher orchestre. Un bonheur général qui ne connaît sa limite qu’à la porte de sortie. Les mélomanes que rien n’arrête, la mélodie en tête, retournent alors vaquer à leurs occupations, dans une France réglée sur chaleur tournante, thermostat 9, pour huit jours encore. Période de cuisson idéale pour un résultat inconnu. Vivement la suite des programmes !
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