AccueilA la UneAu-delà de l'arc-en-ciel de Musiq3 : un concert pour ouvrir les horizons

Au-delà de l’arc-en-ciel de Musiq3 : un concert pour ouvrir les horizons

COMPTE-RENDU — Avec The Amazing Keystone Big Band et la chanteuse Neima Naouri, le Festival Musiq3 ouvre à Flagey son édition 2026 sous le signe de Judy Garland et la protection de Jodie Devos. Une soirée lumineuse qui donne le ton d’un festival résolument tourné vers de nouveaux horizons.

Il existe des concerts d’ouverture (de festival) et des concerts d’ouverture (d’esprit). Avec les premiers coups de sonnette de The Trolley Song, le public est invité à monter à bord. Le voyage commence dans le tramway imaginé par Judy Garland et se poursuit bientôt jusqu’à Somewhere Over the Rainbow. Depuis près de quatre-vingt-cinq ans, cette mélodie porte la promesse d’un ailleurs plus lumineux. Difficile d’imaginer meilleure destination pour inaugurer un Festival Musiq3 placé cette année sous le signe des Horizons.

Pour ouvrir quatre jours de concerts, Musiq3 avait confié les clés de la soirée à The Amazing Keystone Big Band. Depuis une quinzaine d’années, l’ensemble français s’est imposé comme l’une des formations les plus inventives du jazz européen en revisitant les grandes figures de l’histoire de la musique avec un mélange de virtuosité, de pédagogie et d’un humour communicatif. Autour de Neima Naouri, huit musiciens investissent la scène : David Enhco et Vincent Labarre aux trompettes, Bastien Ballaz au trombone, Pierre Desassis et Kenny Jeanney aux saxophones, Maxime Sanchez au piano, Patrick Maradan à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie. Aux arrangements, Bastien Ballaz redessine avec finesse les couleurs orchestrales de Judy Garland, insufflant à ce répertoire mythique une énergie jazz.

Ce concert n’aurait pourtant jamais dû avoir cette voix. À l’origine, c’est Jodie Devos qui rêvait de consacrer un spectacle à Judy Garland avec l’ensemble de musiciens dont elle était l’amie. La disparition brutale de la soprano belge, en 2024, laisse le projet orphelin, jusqu’à la passation de micro à Neima Naouri.

Le pari est audacieux. Fille de Natalie Dessay et de Laurent Naouri, Neima Naouri hérite autant de l’exigence du chant lyrique que du sens de la scène. Sans chercher à imiter Judy Garland, elle en retrouve l’esprit : une manière de raconter chaque chanson comme une histoire personnelle, d’alterner humour et émotion, de soutenir les rondeurs du grave avant de s’élancer vers les aigus avec une aisance déconcertante. Versatile et pourtant bien ancrée, la voix décolle sans prévenir par l’amplitude du lyrique et la versatilité du jazz.

Se dessine alors le portrait d’un étonnant trio de femmes liées les unes aux autres : Judy Garland (mère de Liza Minnelli) qui en inspira le rêve, Jodie Devos qui l’imagina et Neima Naouri (fille de Natalie Dessay) qui lui donne une voix.

Le programme déroule une douzaine de standards, de Get Happy à The Trolley Song, en passant par The Boy Next Door, Embraceable You, I Don’t Care Much ou encore There’ll Be Love. Entre chaque morceau, les musiciens multiplient les traits d’humour, les échanges complices et les présentations pleines d’autodérision. Loin de figer Judy Garland dans le marbre de la nostalgie, ils la rendent étonnamment vivante, on s’étonne à rire, à se laisser porter par la nostalgie de l’intime, de la magie du Broadway, de la profondeur des sujets mais surtout, des rêves de Jodie Devos et de la voix de Neima Naouri.

Ovationnés par le public boosté en super chromatique d’arc en ciel, le Big Band et Neima Naouri étaient arrivés en inconnus. Ils repartent en amis.

À Lire également : La Carte interactive des Festivals 2026

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