COMPTE-RENDU — Depuis 28 ans, la musique classique d’hier et d’aujourd’hui trouve dans le Festival Messiaen, au Pays de la Meije, une vitrine formidable, au cœur des Alpes et de l’été. La hauteur des sommets y est égale à celle des rendez-vous proposés au public, lequel répond toujours présent, prenant le risque de manquer de réseau.
Non mais allô ! Un festival perché dans les montagnes qui, en une même semaine, fait cohabiter Mozart, Schubert et autres Ravel avec des compositeurs contemporains donnant quasiment dans la musique expérimentale ? En voilà une drôle d’idée ! Et c’est en répondant au double appel des paysages et de la musique qu’un public fidèle vient donc à cet avant-dernier rendez-vous d’une édition 2026 ayant pour cadre la charmante église du village de Saint-Chaffrey, à quelques kilomètres de Briançon. Un concert où deux pièces majeures sont annoncées. Éteignez vos téléphones, ça va commencer !

Deux compositeurs au bout du fil
D’abord, un cycle de quatre mélodies (Terra Memoria, Changing Light, Cloud Trio, Die Aussicht) signées par la Finlandaise Kaija Saariaho, chantées en anglais comme en allemand et renvoyant à une forme de musique « spectrale » où chaque son et chaque nuance entend affirmer son identité propre. Puis il y a Debussy, dans un registre bien plus mélodieux et « conventionnel », avec son fameux Quatuor à cordes.
Un ensemble qu’il faudra rappeler
Un sacré combiné, donc, que le mélange de ces deux œuvres, de ces deux univers, pour un concert où s’illustre encore le Quatuor Diotima, invité phare de cette édition 2026. Un ensemble dont les musiciens sont définitivement experts dans l’art d’utiliser toutes les potentialités de leurs instruments. Faut-il les faire chanter, leur faire dérouler des phrases chantantes, quasi lyriques, donner dans un envoûtant Andantino ? Pas de souci, les coups d’archet se font limpides, les doigts assurés, les couleurs sonores sont vives.
Faut-il en revanche faire grincer les cordes ? Les martyriser à coups de pizzicatis ? Donner dans une ambiance sonore digne d’un film angoissant ? Sans problème, voici que les coups d’archet se font frénétiques, lourds, secs, que la dissonance devient la règle, et que les rythmes fous et désordonnés s’enchaînent en un fol élan de coordination à quatre. Décidément, il faudra garder leur numéro de téléphone au cas où !

Ne quittez surtout pas
Aussi, en ligne avec ce concert, il y aurait de quoi rester sans voix. Mais cela n’est pas le cas de la soprano Karen Vourc’h, parfaitement sur son terrain de jeu dans ce répertoire contemporain. En atteste cette voix sonore, aux reflets dorés, toujours bien articulée, qui dans un registre quasi monocanal, sait se faire incisive, ample, élastique dans ses changements de nuances, et riche d’aigus percutants. En matière d’émotions et d’envoûtement, le public est ainsi porté vers de jolies cimes, jusqu’aux poignants Berceaux de Fauré, donnés en bis. Allons-nous renouveler ce forfait téléphonique ? Oui !

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