DANSE – Au Théâtre de la Gare du Midi, Benjamin Millepied ouvre le Festival Le Temps d’aimer la danse avec Summerland, un ballet qui nous fait voir la vie en rose. Une plongée dans de la ouate, portée par la voix magnétique de November Ultra. Ici, pas d’histoire, pas de cause à défendre, mais une envie folle de prolonger l’été. Elle est pas belle la vie ?
Sweet Dreams (are made of this)
Il y a d’abord une sensation : celle de plonger dans un monde pastel et délicat, un cocon rempli de lumière dorée, celle des sunsets où les corps semblent flotter davantage qu’ils ne dansent. Sur scène, les neuf danseurs composent une communauté avec beaucoup de love : ils se rapprochent, se séparent et se retrouvent toujours avec autant de joie.

On retrouve le génie de Millepied pour son habileté à nous faire passer une gamme d’émotions à travers les corps et notamment pour traduire la passion amoureuse. Il excelle dans ces duos sensuels, souvent entre personnes du même sexe, où surgissent les émois des premières rencontres, le désir, la complicité et l’abandon. Mais cette fois-ci, au centre de cette communauté, il a rajouté une invitée particulière : November Ultra alias Nova, révélée au grand public par la Victoire de la révélation féminine en 2023. Chanteuse, pianiste et guitariste, elle circule parmi les danseuses dans sa robe de tulle blanche et ses petits chaussons noirs : elle ressemble à une poupée de son échappée d’un sweet dream. Sa voix, douce et mélancolique, nous enveloppe dans de la ouate. Plus qu’une musicienne accompagnant la danse, elle en devient la star. Une étoile est née. Millepied brouille ainsi les frontières entre concert pop et ballet. Summerland ? Un album dansé ? Vraiment ?
California Love
Millepied a pensé son ballet comme on compose un album : les tableaux s’enchaînent comme autant de morceaux, sans fil narratif. On passe d’une chanson à une autre en se laissant tendrement bercer. Et c’est peut-être là que réside à la fois la force et la limite de Summerland. On pourrait lui reprocher une esthétique de sucrerie, une succession de jolies images qui ne semblent pas toujours vouloir dire davantage qu’elles-mêmes.

Millepied ne cherche pas à raconter une histoire. Il préfère raconter une ambiance, celle d’un été californien, d’une saison suspendue entre insouciance, premier amour et nostalgie. Le titre Summerland provient d’ailleurs d’une petite ville californienne, située près de Santa Barbara, que le chorégraphe traversait régulièrement au coucher du soleil. Bref, une ambiance de fin d’été…
Mais oui, mais oui, l’été est déjà fini. Et quel meilleur endroit pour présenter ce spectacle que Biarritz, un peu notre Californie française, avec ses surfeurs, son sable fin, ses couchers de soleil…

Good vibrations
La beauté a-t-elle forcément besoin d’avoir un sens ? Faut-il toujours raconter et dénoncer une grande cause ? Dans une époque aussi compliquée, il y a quelque chose de presque subversif à proposer simplement un spectacle doux. Alors oui, Summerland est léger mais cette légèreté est aussi sa force : il nous offre un shot de joie sous le soleil.
Ah que la vie est belle avec Millepied !
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Photos © Stéphane Bellocq

