DANSE – Avec Halley, le duo de chorégraphes navarrais Led Silhouette transforme l’accélération en matière chorégraphique. Dans un huis clos de béton, les danseurs cherchent désespérément une issue, jusqu’à faire voler plusieurs murs en éclats. Mouvements bruts, énergie débordante : une chorégraphie inégale, mais furieusement puissante au Théâtre du Casino Municipal, présentée lors du festival Le Temps d’aimer la danse.

La comète Halley ne revient que tous les 75 ans. Entre ces deux passages, l’humanité semble condamnée à tourner autour des mêmes obsessions. Sur scène, huit danseurs en combinaisons bleues courent, fuient, se regroupent et se dispersent entre trois murs de béton gris. Une masse humaine qui se défait aussitôt qu’elle se constitue, comme dans certaines pièces d’Eyal : lorsqu’un danseur s’échappe du collectif, un autre est immédiatement happé.
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Under pressure
La scénographie accentue cette sensation d’enfermement. Les épais murs de béton gris, la lumière blanche qui découpe les silhouettes, la musique anxiogène et même la caméra qui observe les corps composent un univers presque dystopique. Tout concourt à donner l’impression d’observer une humanité prise au piège : les danseurs ressemblent à des hamsters dans une cage. Et elle n’est pas dorée. Oh non…
L’impact avant la beauté du geste
Ce n’est ni une danse gracieuse, ni une danse techniquement virtuose mais une danse qui cherche l’impact. Gestes anguleux, mouvements mécaniques, courses effrénées, chocs et répétitions : les corps sont shootés à l’adrénaline comme s’ils avaient bouffé du lion. Une rage de vivre, sans aucun doute.
Mais à force d’accélérer, Halley finit parfois par tourner en rond et à nous épuiser : mêmes gestes, même course, même tension musicale. Une impression de déjà-vu ? Malgré tout, quelques images impactantes, comme cet astronaute paumé dans sa combinaison blanche, silhouette absurde au milieu de ce monde brutal.

Courir ensemble pour survivre
La morale de l’histoire ? La survie ne peut venir que du collectif. Une génération court sans savoir exactement vers quoi (ou ce qu’elle fuit) mais continue de courir ensemble. C’est là finalement là que Halley commence à devenir intéressante : la comète comme métaphore du temps qui passe, mais qui nous ramène toujours aux mêmes questions existentielles.
On ne regarde alors plus seulement des danseurs chercher une sortie. On les regarde chercher une raison de continuer à vivre dans ce monde pourri.


Photos © Stéphane Bellocq

