DANSE – Créée en 2022 par la chorégraphe Myriam Gourfink, Masse est une pièce qui s’inscrit dans ce que la chorégraphe nomme le « corps de la béatitude ». Représentée au Musée de l’Orangerie dans le cadre du Festival d’Automne, elle trouve dans cet espace entièrement courbe un écrin particulièrement cohérent avec son langage chorégraphique. Le regard du spectateur circule naturellement, comme il circule dans les Nymphéas de Claude Monet.
Un corps intérieur, entre souffle et méditation
Dès les premiers mouvements, une forme de lente douceur se dégage. Gourfink propose des volumes internes, des équilibres maîtrisés et un souffle presque invisible. Cette attention portée à l’intérieur du corps donne à la pièce une dimension intime, presque intellectuelle et transcendantale. Le spectateur est progressivement invité à ralentir son propre regard et à entrer lui aussi dans un état proche de la méditation.
Du solo au duo, une présence
Le corps paraît parfois s’aliéner à la matière qui l’entoure, avant de retrouver une forme de continuité. La pièce est portée par la présence de France Cartigny, jeune danseuse issue du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Sa finesse et sa qualité d’interprétation lui donnent tour à tour une apparence enfantine, presque angélique, ou celle d’une statue grecque. Elle confère ainsi à cette MASSE une forme d’intemporalité, entre fragilité et monumentalité.
Bien qu’il s’agisse finalement d’un duo construit à partir d’un solo, la relation entre les deux présences reste discrète. Elle repose davantage sur la continuité des états corporels que sur une interaction narrative. La danse semble se développer comme une matière qui se déplace et se transforme plutôt que comme une histoire qui se raconte.
Une matière sonore en dialogue avec la peinture
La création sonore, développée avec Kasper T. Toeplitz, joue un rôle essentiel dans cette expérience. Le cello bass, instrument hybride situé entre la basse électrique et le violoncelle joué à l’archet, produit une matière sonore sans pulsation évidente. Elle évoque parfois les bruits de l’eau, parfois ceux des insectes, créant un environnement presque organique, en résonance avec les Nymphéas. La musique accompagne ainsi fortement la danse et contribue à faire évoluer notre perception de la pièce. Elle soutient la danse et permet à cette lenteur de ne jamais devenir trop pesante.
Chez Monet comme chez Gourfink, il ne s’agit pas seulement de représenter la nature, mais de créer un environnement dans lequel le regard et les sensations peuvent se perdre. Les corps deviennent alors des volumes parmi d’autres, et la matière sonore prolonge cette impression d’immersion.
Une pièce qui demande au spectateur moins de comprendre que de ressentir. Et un pari réussi à l’Orangerie.
À Lire également : Impressions sur partition à Mulhouse

