Impressions sur partition à Mulhouse

CONCERT — À La Filature, l’impressionnisme français se déploie à travers quelques-uns des chefs d’œuvre des XIXᵉ et XXᵉ siècles. On sait ce que ça donne en peinture (avec les célèbres Nymphéas de Monet par exemple), mais en musique alors ?

Sous la direction de Christoph Koncz et portée par la sonorité lumineuse de la flûte d’Emmanuel Pahud, l’Orchestre National de Mulhouse explore toute la richesse des couleurs orchestrales françaises, entre jeux de lumière sonore, transparence des timbres et atmosphères évocatrices, comme de légères touches de pinceau réparties sur une toile.

Chatoyance musicale

Dès le Prélude du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel, la mélodie fluide du hautbois, portée par les pizzicati délicats des cordes, se propage progressivement à tout l’orchestre mulhousien comme des touches de couleur qui finissent par se confondre. Dédiée aux amis du compositeur morts pendant la guerre, l’œuvre conserve pourtant une élégance lumineuse et une grande clarté sonore. Les mouvements font apparaître des nuances toujours changeantes : teintes légèrement instables de la Forlane, douceur poétique du Menuet, couleurs plus éclatantes du Rigaudon. On se croirait devant l’Impression, soleil levant, où les lignes de la mer, de la terre et du ciel se réunissent indistinctement…

Le Salon les refusera-t-il ?

Le Concerto pour flûte de Jacques Ibert prolonge cette palette sonore avec une écriture plus brillante et contrastée. Après une courte introduction orchestrale, la flûte d’Emmanuel Pahud entre avec un thème vif et lumineux qui traverse immédiatement l’espace sonore. Les échanges entre le soliste, le basson et les cordes créent un jeu subtil de couleurs et de reliefs. La mélodie rêveuse de la flûte se déploie délicatement au-dessus des cordes jouées avec sourdine, dans une atmosphère voilée et suspendue. Le Finale retrouve ensuite des couleurs plus éclatantes et une énergie scintillante où virtuosité et expressivité se mêlent constamment. L’immersion impressionniste se conclut avec Claude Debussy, celui qui va donner ses lettres de noblesse à ces nouvelles teintes auprès de ses contemporains têtus.

Pour Sirènes, l’entrée du Chœur de femmes de Haute Alsace dirigé par Catherine Bolzinger ajoute une teinte mystérieuse et brumeuse qui conclut la soirée dans une impression suspendue. Ce concert met ainsi en lumière toute la richesse de l’impressionnisme musical français, où les timbres, les nuances et les couleurs orchestrales deviennent de véritables paysages, des panoramas sonores qui nous invitent à la contemplation.
À Lire également : So British à Mulhouse, Elgar et Dvořák, for sure !
© Orchestre National de Mulhouse / Marc Guénard
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