AccueilA la UneMort (d'extase) à Venise

Mort (d’extase) à Venise

COMPTE-RENDU – Une nouvelle ligne de vaporetto vient d’ouvrir sur le Canale Grande de la Sérénissime !

Le nom :

Vespro (en honneur aux Vêpres à la Vierge de Monteverdi, qui furent composées en 1610, probablement en vue de l’obtention du titre de Maitre de Chapelle de la Basilique San Marco).

Les stations :

Il Maestro
Simon-Pierre Bestion, le trublion intrépide de la polyphonie vocale en France, qui adore mélanger les genres, écrire les parties manquantes, rajouter des instruments exotiques, positionner ses chanteurs dans tous les recoins des salles, et diriger le tout d’un geste ample, dansant et inspiré.

La deambulazione
En raison du parcours complexe qu’effectuent pour ce programme les chanteurs de La Tempête dans tous les endroits imaginables de la Salle Pierre Boulez : les travées du parterre et de l’arrière scène, sur le rebord des balcons, en procession sur le plateau, etc.

La processione
Pour l’aspect spirituel et solennel que Bestion entend donner à cette représentation. Non pas un concert au sens propre mais un recueillement vesperal où le temps s’arrête pendant plus de deux heures et où bougies, fumée, processions, incantations et jeu de lumières métamorphosent ce concert en un rituel liturgique et sacré et qui emporte le public dans une introspection surprenante grâce au remarquable travail de lumière et de scénographie de Marianne Pelcerf (un ingénieux dispositif de demi-boules disco projette des étincelles lumineuses et des faisceaux cuivrés dans la salle).

Il Mar Mediterraneo
Simon-Pierre Bestion l’explique : « Mon travail s’oriente de plus en plus vers la recherche de ce qui a pu influencer l’écriture de musiques comme les Vêpres. Il m’apparaît désormais de façon évidente qu’elles étaient tournées vers la Méditerranée et l’Orient. ».

Gli strumenti
Les choix du chef, en écrivant les parties instrumentales pour violes et pour trombones, en étoffant la basse continue de guitares et citarone, en rajoutant un serpent proche du shofar juif, en faisant sonner les grands ensembles avec des ornementations proches de la polyphonie populaire, en rajoutant des faux-bourdons, façonnent ces Vêpres de couleurs chatoyantes, orientales ou épurées selon les numéros, rejoignant l’idée du voyage intérieur évoqué plus haut.

I cantanti
Les solistes de La Tempête proposent des couleurs et des styles vocaux variés, Bestion rappelant que plusieurs façons de chanter cohabitaient à Venise, celles des églises, de la rue, des théâtres, qu’on retrouve ici.
Eugénie de Mey entonne des antiennes de sa voix épurée et androgyne.
Amélie Raison enchaine les soli avec un timbre pur et une souplesse extrême, déliant une ligne soignée, agrémentée d’ornementations inspirées et toujours gracieuses.
Brenda Poupard répond avec flexibilité et élégance, même si la tierce grave manque d’impact dans une salle aussi immense.
Axelle Verner complète ce tableau d’un alto malléable et charnu aux graves riches en harmoniques mordorés.
François Joron possède un médium généreux, mais se crispe souvent dans l’aigu, entachant le Nigra Sum d’un son tendu.
Édouard Monjanel déroule les grandes phrases du Duo Seraphim d’un timbre enrobant et frais avec naturel et simplicité.
Florent Martin déclame ses parties de basse d’une voix puissante mais un brin statique.
Enfin René Ramos Premier semble pouvoir élargir à volonté son ample voix de baryton lyrique dans toutes les directions, faisant résonner ses graves tel un pope orthodoxe, ou se jouant des suraigus de l’Audi Coelum avec aisance.

Il coro
Le Chœur de La Tempête enchaîne avec bravoure ce marathon, enrobant les grandes pièces horizontales comme l’Ave Maris Stella d’un son uniforme et aérien, ou bien insufflant aux doubles-chœurs tels le Nisi Dominus une légèreté pétillante, sans oublier d’instiller une ferveur palpable dans l’appel initial à la prière mariale qui ouvre cette « cérémonie ».

I saluti
Transporté par cette proposition novatrice, entre rituel sacré et concert baroque, le public de la Philharmonie de Paris salue les artistes après deux heures d’une envolée puissante, par une ovation debout et de nombreux rappels.

À Lire également : La Tempête aux Bouffes du Nord, Orlando ? Sì !
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