COMPTE-RENDU – Lundi 16 février, « Orlando » s’invite aux Bouffes du Nord pour une plongée vibrante et poétique dans le temps, et dans les méandres de l’âme humaine !
Où ailleurs qu’au Théâtre des Bouffes du Nord aurait-on pu rencontrer cet Orlando ? C’est un théâtre à l’italienne avec ses boiseries dépouillées de dorures, ses murs de scène lépreux, mais couverts ça et là d’ocres comme on n’en voit qu’à Rome. Oui, ce théâtre d’antan a traversé le temps et accueille aujourd’hui notre Orlando.
Dans l’œuvre de Virginia Woolf parue en 1928, le personnage d’Orlando traverse aussi les siècles : de 1586 à 1928, il est d’abord un homme avant de devenir une femme au XVIIIᵉ siècle. Symbole de vitalité, fin·e observateur·rice des temps et des mœurs, des sentiments et des passions de l’âme, des absurdités mais aussi des avantages à être une femme après avoir été un homme, le tout dans un ton franc et direct, parfois désabusé mais avec un humour subtil et bien senti !
L’odyssée d’Orlando
C’est une adaptation de ce roman que nous propose ici Simon-Pierre Bestion, concepteur du projet et directeur musical de la Compagnie La Tempête, et la comédienne Anne-Lise Heimburger. Tout au long du spectacle, cette dernière nous lit le journal d’Orlando, avec une forte présence scénique et une voix pleine d’évocation, dans une mise en sens qui toujours fait mouche. Elle captive et parvient, par ses inflexions, ses nuances et ses éclats, à faire vivre Orlando. Elle nous fait également voir les lieux et le paysage humain traversés par lui, en phase totale avec la subtilité du texte !
C’est donc une véritable expérience que cet Orlando, avec une disposition scénique où les musiciens, au gré de leurs entrées et de leurs évolutions, sont disposés autour de la comédienne et des chanteurs. Les lumières de Sebian Falk assurent la dramaturgie, tandis que les costumes de Cecilia Galli consistent en de simples ajouts d’accessoires : collerettes, fraises, plastrons ou colliers de perles, bonnets turcs, caractérisent ainsi les évolutions temporelles et griment joliment les musiciens.
Le XVIᵉ siècle se refait une jeunesse
La seule musique d’Orlando di Lasso (1532-1594) – Roland de Lassus en français –, pourrait sembler incongrue. Mais Simon-Pierre Bestion instrumente ces polyphonies à X voix, combinant avec subtilité et variété les voix des chanteurs avec des instruments anciens (doulciane, sacqueboute, violes de gambe…), mais aussi modernes (saxophone, synthétiseur, batterie, guitare et basse électrique), plus un duduk enchanteur. Tout cela fait ressortir la richesse et la variété des œuvres, tantôt narratives, intimistes, recueillies ou dansantes, voire explosives, avec une orchestration toujours efficace.
Aucune « trahison » là-dedans, juste le souci de rendre vie à des œuvres anciennes, en leur permettant de délivrer leur énergie. Saluons « La nuict froide et sombre » superbement chantée après une introduction au saxophone basse saisissante ! Tous les musiciens, instrumentistes et chanteurs, sont engagés avec un bel enthousiasme pour faire vivre et vibrer ce séduisant ovni « théâtro-musical ». Car, là aussi, le récit s’allie à la musique, en alternance avec de beaux tuilages et une partition en fond sonore qui décuplent l’effet du texte énoncé.
Devant ce spectacle de sons et d’images réelles ou virtuelles, empreint de grâce et de poésie, le public captivé a salué avec fracas la performance !
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