AccueilA la UneUne Symphonie fantastique, c'est en tout cas ce qui est demandé

Une Symphonie fantastique, c’est en tout cas ce qui est demandé

COMPTE-RENDU – Jaap van Zweden, Gautier Capuçon et l’Orchestre philharmonique de Radio France ont livré une prestation sans la moindre erreur de parcours, à défaut d’avoir remué les foules.

Que faut-il attendre d’un concert d’orchestre à l’Auditorium de Radio France ? Un beau programme, un bon orchestre, un bon chef, du haut niveau. Il y avait tout cela mercredi soir, mais est-ce suffisant ? Le nouveau directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Néerlandais Jaap Van Zweden, n’a jamais semblé en difficulté, mais pas non plus transporté. La routine ? Ça en a tout l’air !

On ne change pas une équipe qui gagne

Le Concerto pour violoncelle d’Antonin Dvořák et la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz au programme, de quoi permettre aux mélomanes de connaître un peu plus par cœur ces deux tubes du répertoire symphonique. Pas de surprises dans ces programmations, mais l’alliage des deux œuvres demeure parfait, cela ne fait aucun doute.

C’est le bien connu Gautier Capuçon qui est venu interpréter le concerto tchèque, avec, chez lui aussi, certaines marques routinières qu’il a tenté de masquer. Comment jouer une fois de plus une pièce travaillée depuis ses années de troisième cycle au conservatoire ? Comment se réinventer ?

La maîtrise du violoncelliste français est incontestable et ne permet à personne d’en douter. Tout semble possible, des pianissimi extrêmes, aux forte qui passent aisément au-dessus de tout l’orchestre, des arpèges déroulés comme s’il suffisait de monter et descendre l’archet avec le petit doigt, sans oublier un vibrato particulièrement vif, qui pourra créer le débat par sa vitesse peut-être excessive et mécanique.

© Nikos Aliagas

C’est une interprétation pleine de verve que le soliste nous offre, une interprétation impatiente, qui bouscule, qui n’a de cesse de vouloir aller de l’avant. Le Français semble sans arrêt chercher à réveiller la musique, à ne jamais s’attarder sur les passages trop évidents musicalement, à dynamiser de l’intérieur un flux musical en quête de fraîcheur, quitte à perdre en naturel et en simplicité. C’est une interprétation très ou trop stylisée et acérée que nous avons là.

Rien de suffisant pour effrayer le chef Jaap van Zweden, qui se révèle être un accompagnateur aguerri, capable de tout anticiper et de réagir à chaque micro-mouvement de la voix principale. Une leçon du genre. On ne la lui fait pas, même en accélérant violemment entre deux notes. L’œil perçant et le visage sévère, il semble dire « tu crois pouvoir m’avoir avec tes coups de Trafalgar ? Je vois tout. » Un méchant de James Bond tout à fait coriace.

Copie rendue, bonne note reçue.

Jaap van Zweden n’a donc plus rien à prouver, et c’est peut-être bien là le problème. Dès l’instant où tout fonctionne, il aurait été appréciable de voir le chef lâcher sa battue folle et laisser l’orchestre s’envoler vers plus de lyrisme. Nombre de passages auraient sans doute mérité plus d’insouciance, de plaisir de jouer. Le bal a davantage ressemblé à une chorégraphie millimétrée qu’à une fête folle et chaleureuse. Il n’y a pas eu ce soir la petite étincelle qui fait de cette symphonie un événement hors du commun, à ne pas manquer.

credit Bert Hulselmans

Il n’en reste pas moins que le niveau général de l’orchestre et de son chef ont permis à tous les adorateurs berlioziens de retrouver toutes les sonorités extraordinaires de cette symphonie multiple. Comme sur des rails, l’orchestre a déroulé et n’a pas manqué d’énergie tout le long de cette aventure. Mention spéciale pour le pupitre de contrebasses, particulièrement en verve, pour les solos de flûte bien sentis et purs, et pour le pupitre de cuivres tranchant et brillant. La baisse de régime du troisième mouvement n’aura en revanche pas été évitée, avec un duo hautbois-cor anglais manquant d’inspiration et un chef peu enclin à nous raconter une histoire.

Tout a été d’un très grand niveau ce soir. Il ne leur manque plus qu’un brin d’humour, et ils seront les rois du monde.

À Lire également : Stuttgarter Philharmoniker à la Seine Musicale : Tableaux d'une exposition

Photo de Une : Jaap van Zweden © Christophe Abramowitz

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