COMPTE-RENDU — Un jeune duo mis à l’honneur sur la scène de La Scala de Paris dans le cadre de la série de concerts des Pianissimes. Ils ne sont pas DJ et pourtant, Antonin Bonnet au piano et Bogeun Park au violoncelle, jeunes et virtuoses, n’ont rien à envier aux Daft Punk.
À 25 et 28 ans, Antonin Bonnet et Bogeun Park abordent un programme ambitieux avec une aisance qui agace légèrement mais fascine beaucoup : Schumann en arrangement, Beethoven dans sa pleine maturité et Chostakovitch en guise de feu d’artifice final. L’entrée en salle (La Piccola Scala), elle, se présente sous des auspices moins héroïques : assises rigides, chaleur palpable, une boîte de sardines comme dans un night-club où l’on se serre pour entendre le dernier son d’un as des platines. À cette distance des artistes, on ne pouvait rien en rater, place aux Daft Pianissimes !
Harder, Better, Stronger… Slowler
Le violoncelle de Park est un instrument à double fond. Sur Schumann, il joue sous le spectre de la douceur : presque en murmurant, les cordes effleurées avec une délicatesse qu’on n’attendait pas forcément d’un musicien de cet âge. Sur Chostakovitch, le même archet devient une arme : ardeur, violence contenue, communion et maltraitance de l’instrument en alternance. La dextérité sur la touche est remarquable, quelques crins d’archet sacrifiés au passage, entre deux remises de lunettes (et non de casques) discrètes.
Le Beethoven, en revanche, accuse le coup. Languissant, étiré à l’extrême, un peu plat, dommage pour une œuvre composée à l’âge d’or du compositeur, qui méritait sans doute un peu plus de relief. Au piano, Bonnet (le Bangalter du duo) suit une trajectoire similaire : technicien et théâtral, alternant douceur espiègle et jeu très legato, pédale généreusement sollicitée. Les qualités oratoires sont réelles, le contact avec le public souple et naturel, mais les trémolos aux deux instruments manquent parfois de régularité et les deux mains du pianiste peinent à se distinguer par moments. Mais rien de grave, pas de quoi sampler un chat non plus.
Instant crush avec le public
Si l’argument de leur âge est pertinent, il serait néanmoins réducteur de justifier la qualité de la prestation uniquement par ce fait. Effectivement, ils sont jeunes, mais croyez-le, ils n’en donnent pas moins le frisson pour autant ! Cette communion avec le public est telle qu’on s’attendrait presque à voir certains commencer à bouger la tête.
La salle est concentrée comme rarement. Certains écoutent les yeux fermés, d’autres penchés en avant, le regard serré et rivé sur le plateau. La petite salle de La Scala a ce mérite : elle oblige à l’attention.
One More Time
Le mouvement lent de la Sonate de Chopin, dans une lumière rouge, vient faire office de bis (One more time, we’re gonna celebrate…). Les deux musiciens auraient volontiers prolongé, confessent-ils, mais un autre concert prend place dans la salle. Ils invitent néanmoins le public à un moment convivial, et en profitent pour faire la promotion de leurs disques respectifs (non, ce n’est pas Random Access Memories). De très bons musiciens, décidément, mais d’excellents commerciaux aussi, comme nos DJ casqués, tiens…
Le public a deviné quelque chose : there’s something about us. Les applaudissements qui ferment la soirée disent plusieurs choses à la fois : bravo pour l’audace, merci pour l’émotion, et revenez quand vous voulez. Car un concert ou un DJ set réussi, c’est celui dont le public repart avec l’impression d’avoir vibré mais aussi d’avoir été choisi, lui aussi.
Demandez le programme !
- Beethoven : Sonate pour violoncelle et piano n°3 Op. 69 en la majeur
- Schumann : 3 Romances pour hautbois et piano Op. 94 (arrangement pour violoncelle et piano)
- Chostakovitch : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur Op. 40
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