COMPTE-RENDU – À l’Opéra de Bordeaux, Joseph Swensen dirige La Flûte enchantée de Mozart, tout en féerie initiatique dans la nouvelle mise en scène colorée de Julien Duval.
Dernier opéra de Mozart et dont l’interprétation reste ouverte, tant son livret demeure mystérieux, La Flûte enchantée est présentée à l’Opéra National de Bordeaux dans une mise en scène de Julien Duval qui explore la veine initiatique de ce voyage vers la sagesse et la découverte de soi. Les jeunes héros de ce conte moral, Tamino et Pamina, vont se découvrir et se révéler à eux-mêmes dans des décors fantasmagoriques d’Olivier Thomas qui présente une nature inversée dans l’univers faussé de la Reine de la Nuit de l’acte 1, avec des arbres à l’envers évoquant l’esthétique de Baselitz, et des formes surréalistes très abstraites dans l’acte 2, domaine initiatique éthéré du mage Sarastro.
Vérité et mensonges
Tamino – le ténor italien Omar Mancini, timbre séduisant et présence juvénile – va s’initier à la vérité, déchirant le voile des apparences à travers toute une série d’épreuves et de découvertes du monde extérieur tout autant que de son monde intérieur. Décidé tout d’abord à suivre les injonctions de la Reine de la nuit – Julia Knecht soprano colorature française réussissant avec aisance les virtuosités vocales de son rôle acrobatique pour la voix –, il va progressivement prendre conscience de la réalité cachée derrière les apparences. Perdant sa collerette bouffonne de niais au cours de sa quête pour atteindre la sagesse que lui propose Sarastro – la basse française impérieuse Jean Teitgen, souverain tant dans sa ligne de chant que par son charisme tranquille –, Tamino deviendra in fine un initié digne de Pamina.

Dans cet apprentissage fait de rites ésotériques, son serviteur et compagnon d’infortune, mélange de Sganarelle et de Sancho Pança, Papageno – le baryton français Thomas Dolié efficace en créature burlesque flirtant avec la tristesse – devra lui aussi traverser une série d’épreuves initiatiques dans une version travestie et comique avant de pouvoir accéder à l’amour de sa promise Papagena – la soprano anglo-vénézuélienne Sofia Kirwan-Báez piquante à souhait.

Sortir de sa chrysalide
Pamina – la soprano cubano-américaine Elena Villalòn à la ligne de chant tout en délicatesse –, captive de Monostatos – le ténor français Mathias Vidal, ardent et d’une musicalité à tout crin – parvient à s’en déjouer pour accepter non sans difficultés le parcours initiatique que lui propose Sarastro pour s’affranchir de la voie obscure que lui avait tracée sa mère la Reine de la nuit et ses trois dames – Julie Goussot, Axelle Saint-Cirel et Anouk Defontenay, en gracieuse symbiose vocale. À la suite de bien des errements, la jeune femme réussira à rejoindre son promis Tamino, après avoir accepté la nécessité d’une initiation à la connaissance, préalable vital pour parvenir à la plénitude de l’amour.

Le Voile d’Isis
Influencé par les rites maçonniques, Mozart et son librettiste Emanuel Schikaneder ont élaboré à travers La Flûte enchantée une trame aux significations encore aujourd’hui insondables, les conjectures du sens de cette initiation des protagonistes sous l’égide d’Isis et Osiris restant ouvertes, aucune des hypothèses penchant vers la gnose, l’ésotérisme ou la philosophie des Lumières n’ayant pris le dessus. À la tête de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, du Chœur de l’Opéra de Bordeaux et de la Jeune Académie Vocale d’Aquitaine, Joseph Swensen, lui, a tranché, insufflant une direction ample et claire à ce lumineux chant du cygne de notre jeune ami pour toujours Wolfgang Amadeus.
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décors somptueux, costumes magnifiques, cet opéra m’a enchantée! J’aimerais savoir si costumes et décors ont été spécialement crées pour cet opéra dans les ateliers bordelais ? Si oui, bravo à eux!