AccueilA la UneConsobrinae : un doux air de famille

Consobrinae : un doux air de famille

DISQUE — Le projet discographique de Consobrinae, paru au label NovAntiqua, pourrait s’apparenter à une bonne vieille réunion de famille, mais tout en finesse. Ici, Hermine Horiot au violoncelle et Giovanni Bellini au théorbe font doucement monter le grave à la surface, le font s’élever vers le ciel du chant et du discours, sans tonnerre ni saturation.

Ces deux voix sont parentes mais selon un lien de cousinage (en latin, consobrinae veut dire « cousins »), plus lointain que le lien parental ou fraternel. L’enregistrement permet à cette esthétique de la douceur et du frôlement, se donnant à bas bruit, de résonner avec juste ce qu’il faut de réverbération. Le théorbe et le violoncelle s’entrelacent comme un caducée, deux serpents qui harmonisent leurs volutes nuancées et se frôlent à leurs points de jonction sans perdre leur individualité. Mais vite, faisons entrer ces cousins !

Une cousinade franco-italienne

Le lien de cousinage est également celui du répertoire franco-italien des XVIIe et XVIIIe siècles qui, à sa manière, fait du continuo une matière ductile, élastique et respirante. Elle dissout aspérités et grésillements dans les nuages grenus des accords arpégés du théorbe. La digitalité caressante de Bellini enrobe l’archet de la violoncelliste, dont la colophane noire (résine appliquée sur les crins des archets) se met à scintiller – à la manière des lucioles. Les doigts soupirent, minuscules dans les attaques un peu sèches, en rasgueado (c’est-à-dire un morceau plus rythmique que mélodique) et autres pickings de guitare (c’est-à-dire la manière de pincer la corde). Bref, de Nice à Turin, il n’y a qu’un pas.

Des cousins qui ne prennent pas une ride

Même les basses obstinées à la française sortent de leur cachot souterrain, tandis que les textures italiennes se déploient vers la mélodie. Chez Robert de Visée, les préludes non mesurés soufflent leur zéphir sur les cordes tandis que le berceau du Dodo de François Couperin se balance doucement dans les airs. Chez Alessandro Scarlatti, le grave serpente en nappes lentes de résonances et même les mouvements rapides restent intériorisés.

Avec Gabrielli, les colorations se font véloces, mais les interprètes évitent les effets de larsen (c’est-à-dire des bourdonnements nuisibles) : ils ne partent pas à l’assaut du son. La ligne du violoncelle semble même hésiter à se poser sur la première ou la dernière note des accords de théorbe. Chant et accompagnement harmonique ne forment dès lors plus qu’une seule et même entité. Une belle complicité pour des cousins qui ne se retrouvent pas souvent !

Ainsi, Consobrinae travaille le raffinement infinitésimal, la demi-teinte, le jeu d’ajustement par lequel les instruments cousins glissent mutuellement leurs affects, dans un espace devenu libre et commun. Une petite photo de famille s’impose, non ?

Pourquoi on aime ?

  • Parce que le disque libère de ses chaînes la basse continue
  • Pour l’art nuancé de la résonance : un plaisir pour les amateurs d’instruments
  • Pour la rareté d’un répertoire peu ou jamais gravé sur disque

C’est pour qui ?

  • Pour ceux dont l’oreille aime frôler les instruments de très près
  • Pour ceux qui cherchent la lumière dans l’ombre de la musique
  • Pour ceux qui apprécient la musique qui pétille, mais avec retenue et élégance
À Lire également : Le Mirage de Marc André ? Grave !

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