DANSE – Chorégraphe visionnaire du XXème siècle, Hans van Manen est en France paradoxalement méconnu du grand public, alors que ses ballets sont dansés par plus de 70 compagnies à travers le monde. Une occasion de se rattraper et d’enfin le découvrir avec la venue du Dutch National Ballet jusqu’au 28 juin au Théâtre des Champs-Élysées dans la Saison TranscenDanses une soirée réunissant cinq de ses œuvres les plus emblématiques.
Surnommé le « Mondrian de la danse » pour son goût du style épuré, des lignes nettes et de l’élégance sans ostentation, Hans van Manen a façonné pendant près de quarante ans l’identité du Dutch National Ballet. De l’émotion contenue d’Adagio Hammerklavier à la sensualité vibrante de 5 Tango’s, en passant par la virtuosité redoutable de Solo, ce programme révèle toute l’étendue d’une œuvre qui a profondément bousculé le ballet néoclassique et contemporain. Chez Van Manen, tout se joue entre deux corps : un regard, une tension, un rapprochement. Une danse d’une précision presque millimétrique, où l’émotion surgit sans effet dans la netteté et la pureté du mouvement.
ADAGIO HAMMERKLAVIER – Le désir en suspens
Créé en 1973, Adagio Hammerklavier est souvent considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de Hans van Manen. Le chorégraphe suit la structure Beethovenienne avec une rigueur presque géométrique, à la manière de Balanchine. Les femmes sur pointes, vêtues de blanc, répondent aux hommes torse nu, simplement parés d’une chaîne d’argent. Trois couples, trois états du désir, se croisent sans jamais se rencontrer vraiment : la tendresse, l’élan passionnel puis une relation plus apaisée, où l’équilibre côtoie la soumission. La lenteur du mouvement lui-même met à distance la possibilité de s’aimer. Un désir sous tension circule, mais se heurte sans cesse à une forme d’inachèvement.
SOLO – Le désir en mouvement
Solo réunit trois danseurs qui se lancent des défis dans un mouvement tourbillonnant au cœur d’une chorégraphie d’une grande virtuosité technique, bourrée d’humour et d’énergie. Courte, incisive et d’une redoutable efficacité, la pièce scintille et nous emporte dans un tourbillon aussi contagieux que jubilatoire. Ici, le désir ne passe plus par l’autre mais par le mouvement lui-même : celui du plaisir de la vitesse d’exécution, du risque et de la maîtrise absolue. Bref c’est grandiose.
FRANK BRIDGE VARIATIONS – Les ombres du désir
Frank Bridge Variations est une pièce qui joue sur les contrastes : vif et fluide, précis et libre, colérique et mélancolique. Dans ce clair-obscur aussi léger qu’inquiétant, les duos s’enchaînent avec une énergie contenue, traversée parfois par une menace indéfinissable. Les corps sculptent l’espace avec une virtuosité toujours au service de la ligne. Ici, le désir devient plus secret : il circule dans les regards, les distances, les élans retenus, comme une tension frénétique qui traverse les danseurs.
TWO PIECES FOR HET – Désir sous haute tension
Dans Two Pieces for Het, chorégraphie introspective, le désir n’est plus ni tendre ni fluide, mais nerveux, conflictuel, presque combatif, fait de tensions, de rapports de force et du manque de l’autre. Entre virtuosité à une vitesse vertigineuse et émotion retenue, les interprètes s’attirent autant qu’ils se bousculent dans un face à face sous haute tension où chacun teste, provoque et résiste, jusqu’à une intensité du mouvement qui diminue progressivement.
5 TANGO’S – Les ailes du désir
Devenu un classique du répertoire, souvent repris, 5 Tango’s est une pièce pour quatorze danseurs qui condense ce que l’écriture du chorégraphe a de plus immédiat et séduisant : une théâtralité incisive, une virtuosité explosive et le plaisir de danser sans jamais céder aux codes du tango folklorique. Sur la musique d’Astor Piazzolla, la pièce nous offre un tango d’une sensualité retenue, où la séduction devient un jeu sophistiqué de pouvoir et de désir. Dans la troisième section, un solo masculin particulièrement spectaculaire est devenu au fil du temps une variation prisée des concours internationaux.
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