COMPTE-RENDU — Les Nuits Pianistiques reçoivent Attila Szaniszló au conservatoire Darius Milhaud d’Aix-en-Provence pour un récital 100% Liszt. Un programme dans lequel on lit comme dans un livre ouvert…
Compositeur hongrois, pianiste hongrois, l’événement de ce soir amène l’auditeur sur les rives du Danube avec de nombreuses excursions au gré des inspirations et influences ayant façonné le romantisme européen : de Faust avec la Mephisto-Valse n° 1 aux Réminiscences de Norma en passant par le célèbre Rêve d’amour n° 3 qui se situe dans le digne héritage des nocturnes de Chopin. Enfin, ce beau roman musical se conclut avec la Sonate pour piano en si mineur. Armons-nous de notre marque-page et commençons notre lecture.
Chapitre 1 : le héros entre en scène
Sans partition et vêtu d’un élégant costume ajusté avec nœud-papillon, Attila Szaniszló semble se plonger tel un personnage romanesque à l’intérieur même des œuvres. Si le regard, tête penchée, est appliqué sur les touches, le corps vit au gré de la musique comme s’il était traversé par la partition. Quelques mouvements de lèvres et de souffle s’en échappent d’ailleurs. Les mains agiles courent sur le clavier et interprètent les passages rapides avec une apparente facilité. Elles se retirent d’un geste presque brusque, marquant les ruptures du phrasé et soulignant leur côté parfois troublant ou inquiétant, comme dans les enfers de Méphisto. Nous frissonnons à chaque fois que nous tournons la page…
Chapitre 2 : spleen et épopée
À la fois précis et intuitif, l’appui s’avère clair et délicat dans la poésie des moments plus doux dans la Consolation n° 3 en ré bémol majeur et le Rêve d’amour n° 3 en particulier. L’intelligente complexité du jeu et la maîtrise des nuances y dessinent en profondeur une passion déchirante et intérieure qui ne s’extériorise que par le filtre lumineux de l’onirisme ou de la consolation spirituelle. Les Réminiscences de Norma laissent entrevoir la chaleur et la souplesse des voix belcantistes italiennes.
La générosité du son brosse comme en toile de fond la puissance des chœurs et de l’orchestre. De la noirceur douceâtre de la nuit de pleine lune à la solennité des guerriers gaulois en passant par le mélange de trouble et d’empathie ressenti par Norma et Adalgisa, le piano parvient à retranscrire magnifiquement à lui seul l’atmosphère de cet opéra tant sur le plan pictural que psychologique. Le prix littéraire lui tend les bras !
Épilogue : l’instrument comme narrateur
C’est finalement peut-être cela la plus grande force d’Attila Szaniszló : parvenir à transformer son piano en narrateur tenant le public de plus en plus en haleine au fil des pages qui se tournent. Il fait de chaque chapitre un moment aussi beau qu’intense, dans l’exaltation des combats épiques et des valses endiablées comme dans l’intériorité des brûlures d’un rêve d’amour ou de l’émoi d’une première rencontre. Le public ne manque pas d’applaudir avec un fervent enthousiasme à la fin de ce roman-récital, juste après avoir refermé ce livre qu’on a déjà envie de relire.
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