AccueilA la UneÀ l'Opéra de Nice, le soleil se lève à l'est

À l’Opéra de Nice, le soleil se lève à l’est

CONCERT – l’Orchestre Philharmonique de Nice, dirigé par Lionel Bringuier, était en concert vendredi dernier à l’Opéra de Nice Côte d’Azur. Le programme de salle de cette soirée en deux parties, concertante et symphonique, évoque l’âme slave, de Dvořák à Rachmaninov, dépliant ses grands espaces musicaux depuis le for intérieur et intime des deux compositeurs.

Changements d’échelles

C’est à ce jeu d’échelle, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, que ce concert semble dédié, avec le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov (1909) suivi de la Symphonie n°8 de Dvořák (1889). L’ensemble, cette boite noire et or qu’il est convenu d’appeler l’âme slave, est tenu, avec rigueur et imagination, par la baguette de Lionel Bringuier. La musique semble être ce langage ambivalent, que les romantiques, surtout tardifs, ont affronté, canalisé et célébré, sous le couvercle du piano, comme sous les archets d’une phalange niçoise en habit de lumière.

Le chef, fils du pays, contient, depuis sa baguette habitée, la dimension monumentale du programme : ses vastes étendues, son souffle bohème, son mélange d’eau et de terre. Sa battue est ample, généreuse et précise, faite de rotations, de soleils, qui sont autant d’invitation à la valse et qui épousent les contours internes des phrasés musicaux, notamment de la partie du pianiste. Il sait extraire de l’orchestre d’imposantes masses granitiques comme des pianissimi, se tenant à la limite des seuils d’audibilité. En émanent des couleurs lyriques, à la Tchaïkovski, qui se drapent parfois des teintes du Nouveau Monde, cher aux deux compositeurs. Bloc oriental et bloc occidental dialoguent dans ces deux œuvres, faites de juxtapositions de climats, d’émotions et d’écritures contrastées. La reconnaissance de l’orchestre pour son directeur musical est telle qu’il s’abstiendra de se lever, par deux fois, à l’invite du chef, afin que ce dernier reçoive sa part personnelle de salut.

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La chimie de Simon Trpčeski

Le pianiste macédonien Simon Trpčeski. après avoir fait un baise-main à la violoniste super-soliste de la phalange, Véra Novakova, s’ajuste calmement à son grand instrument noir, afin d’effectuer l’entrée feutrée de sa partie. Il parvient à conférer deux fonctions au piano : instrument parmi d’autres dans l’orchestre, instrument soliste, afin de restituer la dimension moderne d’une œuvre écrite avec un langage tonal déjà ancien. Dans le premier cas, il irise les alliages orchestraux, de fines ou grandes masses du clavier, dans le second, il affirme et réaffirme, avec un dosage d’alchimiste, le matériau thématique. Souvent, son regard se tourne vers tel ou tel pupitre de l’orchestre, comme si son travail de labourage du son – au sens noble et fertile du terme – consistait à y faire germer la musique. Il s’adresse au public, en français, pour délivrer un premier bis, à la gloire de la Macédoine, Danse Paprika, et son rythme typique de 18 croches, puis à celle de la France, avec l’Hommage à Edith Piaf de Francis Poulenc.

Simon Trpčeski dans le dernier mouvement du Concerto n°3 de Rachmaninoff
Au choeur de l’orchestre

Les premiers pupitres de l’Orchestre Philarmonique de Nice sont tous, dans cette musique écrite à la gloire du timbre et de la texture, particulièrement exposés. Un dialogue permanent, sans cesse modulé et nuancé, oppose les familles instrumentales, dans ces deux pièces à l’orchestration similaire et étoffée, notamment chez les cuivres, cors par quatre, trompettes par deux, tuba, etc. Les bois ne sont pas en reste, avec des soli de flûte, particulièrement francs et acérés, un cor anglais au timbre rare, un basson sylvestre, tout une canopée aérienne, qui surplombe les traits soyeux – violons – ou vibrants – violoncelles – des instruments à archet. La musique devient effervescente, dans une écriture qui travaille les contre-temps, et qui exige une synchronisation millimétrée. 

Le public applaudit très longuement le soliste, l’orchestre et son chef, qui prend plaisir à offrir en bis la section finale du quatrième mouvement de la symphonie : bis repetita placent.

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