Chaillot sous MDMA conceptuelle

COMPTE-RENDU – F*cking Future de Marco da Silva Ferreira, présenté à Chaillot – Théâtre national de la Danse, ressemble à une rave qui aurait pris un abonnement longue durée à la conscience de soi. Une fête qui s’étire comme une nuit réglée par une DJ qui connaît exactement le moment où te perdre.

La musique du duo Rui Lima & Sérgio Martins est une ossature solide de techno bien construite. Elle trace son autoroute mentale sur laquelle les corps devraient logiquement accélérer… mais la chorégraphie choisit parfois de rouler en périphérie. Peu de ruptures rythmiques cependant dans la chorégraphie : on reste dans une même pulsation, comme si la pièce préférait l’endurance à la surprise. Ce n’est pas un bug, plutôt une obstination : celle de tenir l’état de transe.

© Blandine Soulage

Et puis il y a la magie du dancefloor : fumée et lumières font un travail de DJ parallèle. Elles mixent les corps à vue, les découpent, les réassemblent, les font apparaître comme des souvenirs flous de fin de nuit. Par moments, on ne sait plus si l’on regarde des danseurs ou des silhouettes non-identifiées que la rave aurait décidé de garder pour elle. Non pas un geste de dévoilement frontal, mais un « fade out » progressif du costume social.

Le spectacle assume aussi ses longueurs, et c’est là qu’il devient presque intéressant. Comme dans toute vraie fête, il y a ces moments où le temps se dilate, où l’on ne sait plus si l’on danse encore ou si l’on tient debout par habitude. Ces plages étirées dérangent autant qu’elles accrochent : elles mettent le corps en mode dérive, entre stimulation douce et légère perte de signal. Ça vous rappelle le nouvel an tout ça !

Les pics, eux, sont collectifs. Cris, chants, énergie partagée : soudain la scène devient un dancefloor qui déborde sur les bancs des spectateurs. Les interprètes ne dansent plus « devant » nous, mais avec nous, ou autour de nous, parfois au-dessus de nous en nous escaladant car dans cette configuration circulaire le public devient le mur humain de la rave. On n’est plus spectateur mais périphérie active, légèrement encerclée, légèrement complice.

Au fond, F*cking Future ressemble à une fête très bien tenue qui aurait décidé de ne jamais te laisser redescendre complètement. Une rave élégante, un peu sérieuse parfois, mais suffisamment habitée pour te faire croire que la transe n’est pas une explosion — plutôt une persistance. Et que danser, ici, c’est surtout apprendre à rester dans l’entre-deux : entre contrôle et abandon.

À Lire également : À Chaillot, tu applaudis, tu perds !
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1 COMMENTAIRE

  1. J’adore la subtilité et l’exigence en parallèle des critiques, tout spécialement des spectacles de danse. Non seulement très utile mais agréable á lire.[n s’y croirait

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