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3 Questions à Adèle Charvet

Qu’elle surgisse du public pour sauver Le Messie de Haendel à Radio France, qu’elle brave (en toute légalité) le confinement pour enregistrer un rarissime Roméo et Juliette en italien à Versailles, qu’elle sillonne l’Europe à travers tumultes et triomphes au service de Berlioz, Adèle Charvet a tout de même pris le temps de répondre à trois questions Classykêo :

Une triste question s’imposait pour commencer, une heureuse réponse inattendue s’est présentée à notre dernière question, comme pour compenser…

Adèle Charvet, impossible de ne pas vous interroger d’emblée sur la tournée des Troyens de Berlioz à laquelle vous venez de participer. Gardiner devait la diriger intégralement, il a annulé tous ses engagements cette année après avoir violenté un chanteur au premier soir au Festival Berlioz. Comment l’équipe artistique vit-elle une telle épreuve ?

Grâce à un effort collectif pour faire les choses, et les faire bien.

Tous les concerts de cette tournée se sont trouvés très chargés, en émotion, d’autant plus immense que Les Troyens de Berlioz sont déjà un sommet, une œuvre gigantesque, un chef-d’œuvre absolu. Nous sommes tous restés ainsi, impliqués corps et âme et solidaires, même si au final nous sommes aussi tristes que William Thomas n’ait pas chanté au dernier concert pour boucler cette tournée (aux BBC Proms). C’est un regret mais évidemment il a fait le maximum, il fait comme il peut et il était très courageux d’assurer déjà les 4 concerts précédents.

Cette tournée passait notamment par Versailles, où vous avez également fait vos débuts avec Gardiner et Berlioz, c’était il y a quatre ans dans Benvenuto Cellini. Quels souvenirs gardez-vous de cet opéra et comment abordez-vous votre retour prochain à Versailles pour le Roméo et Juliette de Zingarelli ?

Benvenuto Cellini est en effet, un peu comme Les Troyens, une œuvre bien plus grande que nous tous, absolument gigantesque. C’était d’ailleurs alors la dernière date d’une tournée vraiment éreintante (Cellini est étrangement écrit pour les voix, dans les extrêmes des tessitures pour tout le monde). C’est une partition très difficile : même, et de ses propres dires, pour Michael Spyres, qui pourtant n’a peur de rien. Je chantais Ascanio, qui est aussi long que Rosine en termes de tessiture mais beaucoup plus large, sur un orchestre totalement débridé.
C’était mon baptême de Versailles et de Berlioz, mais un baptême fabuleux. L’Opéra Royal de Versailles est un bijou, vraiment un écrin, je suis toujours heureuse d’y retourner.

À Lire également : Si le Versailles de Napoléon nous était conté… par Laurent Brunner

Durant le reconfinement de 2021, j’y ai enregistré Roméo et Juliette de Zingarelli que nous présentons en version mise en scène ces 18, 20 et 22 octobre, et j’avais aussi enregistré à Versailles Cadmus et Hermione avec Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre. Ce sont de grands souvenirs et des moments importants pour moi, car je chante de la musique baroque depuis toujours, mais comme je chante tant de choses différentes, personne ne savait combien j’ai ce répertoire à cœur, combien j’ai à y dire.

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Je n’étais pas identifiée dans ce répertoire car je n’avais pas du tout choisi de me spécialiser et car des mezzos merveilleuses servent en spécialiste ce répertoire baroque : Eva, Lea, Ambroisine, Victoire, et j’en passe [la rédaction vous donne les réponses, suivantes : Eva Zaïcik, Lea Desandre, Ambroisine Bré, Victoire Bunel, ndlr].

J’avais envie de chanter ce répertoire qui me tombe sur la voix comme une robe sur mesure. Cadmus et Hermione a un peu enclenché cette dynamique.

Je retrouve désormais Roméo et Juliette, un sommet, un mythe que j’avais aussi approché mais avec un personnage tout à fait différent, dans une œuvre tout à fait différente : je me suis régalée à chanter Stephano (le page de Roméo dans l’opéra de Gounod) et j’ai eu tellement de chance d’être témoin de deux des plus grands interprètes actuels de ce Roméo… et qui ne pourraient pas être plus différents, le soleil et la lune : Pene Pati et Benjamin Bernheim

À l’Opéra Comique, on s’amusait à chronométrer le temps que Pene Pati tenait les contre-uts (sur “Mais je veux la revoir”)… Il le tenait 19 secondes dans les plus grands soirs !). C’est une sorte de demi-dieu.

   à vous de compter, et vous verrez… on n’est pas loin de ce record ce soir-là encore

C’est un opéra très cher à mon cœur, comme désormais celui de Zingarelli qui est très différent. J’ai vraiment abordé cet opéra italien comme une tout autre œuvre, les personnages y sont comme des archétypes qui nous laissent beaucoup d’espace de travail.

Vous aviez été sous les feux des projecteurs en 2019 en remplaçant le contre-ténor David DQ Lee à l’entracte du Messie de Haendel, un oratorio baroque, mais vous chantez donc aussi ce Roméo et Juliette de Zingarelli qui fait le lien entre baroque et bel canto, vous chantez également Carmen et de la musique contemporaine… 
Comment faites-vous pour aborder autant de répertoires différents ?

J’ai toujours eu envie de me frotter aux choses avant tout, afin de me rendre compte par moi-même si c’est fait pour moi, ou pas. J’ai désormais perdu cette insouciance qui m’animait pendant des années et aussi un certain caractère vorace et une très grande curiosité de répertoire… enfin, je l’ai perdue seulement un peu !

Et puis il y a aussi une grande logique quoi qu’il arrive à chanter de l’opéra baroque italien, et du Zingarelli. Carmen c’est autre chose mais je la vois vraiment comme de l’opéra-comique. Je ne m’y frotterais pas à l’Opéra Bastille mais ailleurs cela va arriver.

Je chante au final des rôles qui sont pour moi, avec ma voix : celle d’une mezzo légère, avec une certaine rondeur dans le grave mais une facilité à monter. Tout ce répertoire s’y prête.

Des choses se précisent désormais davantage, mes envies fortes de certains rôles qui deviennent plus réalisables maintenant (bien davantage que lorsque j’ai commencé ma carrière il y a six ans, et que je n’étais qu’une petite plante verte).

J’ai beaucoup de chance car dans les deux années à venir je vais chanter des rôles dont j’ai toujours rêvé et qui sont très cohérents : mon premier Ariodante, Chérubin… tout un tas d’évidences par lesquelles je ne suis pas encore passée car je voulais tout chanter.

Des rôles Mozartiens qui me tiennent à cœur également ! J’adorerais aussi chanter Dorabella et Sesto qui sont exactement pour moi. Je vais aussi chanter ma première Cenerentola [la Cendrillon de Rossini, ndlr] cette saison à Toulouse, un rêve qui se réalise et pour lequel je remercie Christophe Ghristi [Directeur de cet Opéra national du Capitole, ndlr].

Mais j’ai toujours aussi à cœur de créer de la musique contemporaine, de chanter le plus possible de mélodie et de Lied, de musique de chambre ou en tout cas avec des formations réduites (cela me nourrit par-dessus tout). Donc au final je ne change pas beaucoup [rires] : je ne sais pas être autrement, mais je sais mieux ce qui me convient et ce qui ne serait pas très raisonnable. J’étais un peu kamikaze, je me suis calmée, un petit peu.

J’ai toujours eu un certain goût du risque et c’est à moi d’en gérer les conséquences (si je vais trop loin musicalement). Et puis j’ai aussi appris une chose en devenant maman : ce qui se passe dans une salle de concert n’est jamais question de vie ou de mort, c’est aussi un lieu pour apprendre (y compris de ses erreurs), en tirer les conséquences et avancer.

Devenir maman a redéfini pourquoi je chante. C’est un événement qui est venu déplacer les priorités (tout est moins grave) et en même temps renouveler mon amour de la musique (qui n’est plus qu’un accomplissement personnel). C’est à la fois moins grave et beaucoup plus important !Et puis j’apprends à être extrêmement organisée : pour gérer tout cela, il faut avoir des capacités de chargée de production… que je n’ai pas [rires]. Je me régale et j’ai énormément de chance, dans ma vie professionnelle et personnelle, je goûte chaque instant, sur scène et en-dehors.

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