AccueilA la UneMarilyn Mattila et King Kong à Bastille

Marilyn Mattila et King Kong à Bastille

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Paris reprend L’Affaire Makropoulos de Janáček dans la mise en scène de Warlikowski, faisant triompher l’éternelle jeunesse de la soprano finlandaise Karita Mattila en Marilyn Monroe :

Késako cette mystérieuse « Affaire » ?

L’Affaire Makropoulos est un opéra créé en 1926 d’après une pièce de Karel Čapek (inventeur avec son frère du mot « robot » et qui questionne notre fascination pour la vie éternelle). « L’Affaire » au cœur de cette histoire serait toutefois bien vite close par les enquêteurs s’ils connaissaient le titre de cet opéra. Le mystère entourant la chanteuse Emilia Marty sera finalement éclairci en découvrant son véritable nom : Elina Makropoulos, menant à comprendre qu’elle est donc née 337 années plus tôt ! 

À Lire également, le compte-rendu sur Ôlyrix : "337 ans de réflexion, L’Affaire Makropoulos à Bastille"
Éternelles

Cette histoire a donné au metteur en scène Krzysztof Warlikowski un Boulevard pour son travail : le Hollywood Boulevard. Pour lui, les Immortelles ce sont en effet les vedettes de cinéma, et c’est donc Marilyn Monroe qui devient l’héroïne de cette histoire. Ce parallèle s’impose avec d’autant plus d’évidence pour ce metteur en scène fan de vieux films. Warlikowski installe ainsi un grand rideau qui s’ouvre sur la scène transformée en une merveille de salle de cinéma boisée : remontant au temps où les films étaient donnés dans de beaux théâtres, rapprochant d’ailleurs en cela le septième art et l’opéra. Les personnages sur scène deviennent les spectateurs fascinés par Marylin, mais -hormis Marilyn Mattila bien sûr- ils peinent à assumer une intensité comparable aux passages filmés que Warlikowski projette durant les moments instrumentaux de la partition. 

Fusionnant les mythes, Warlikowski alterne en pellicule Marilyn Monroe et King Kong, comme pour réunir les « monstres sacrés ». Sur le plateau il parvient même à les réunir : King Kong, comme sortant de l’écran, en immense sculpture, avec tête, buste et main vient déposer Karita Mattila en Marilyn dans la salle de cinéma, comme sur un plateau (de tourne-âge).

jaune, couleur de… tromperie (© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris)
Cheffe de cabinets devient blanche colombe

Warlikowski plonge ainsi pleinement dans sa cinéphilie spectaculaire mais aussi dans son autre obsession scénique, qui lui permet justement de plonger son héroïne dans des bains de jouvence (plus ou moins pratiques) : les objets de salle de bain. Aller voir un spectacle de Warlikowski revient en somme à se demander combien de films seront projetés et combien de lavabos installés au plateau : ce sont ses marques de fabrique, ses « clichés » (peut-être qu’ils lui donneront d’ailleurs une forme d’éternité, qui sait…). Pour l’occasion, il sort le grand jeu et déroule des salles de bain témoin dignes d’un salon d’exposition spécialisé : comme sur un plateau (et même deux, qu’il fait tour à tour coulisser sur tout l’avant-scène), il installe un grand duo de séduction parmi des urinoirs et un siège avec chasse d’eau, puis entre un lavabo et une baignoire. Ces signatures s’ajoutent à ses signatures que sont aussi le grillage et le carrelage (sans oublier le plexiglas). Signature encore et toujours, Warlikowski grâce aussi aux décors de Małgorzata Szczęśniak assume de mener du plus prosaïque au plus épuré, du plus vulgaire terre-à-terre jusqu’à l’aérien, de la lumière jaune qui inonde les toilettes et donne une sordide teinte à la perruque blonde de Marylin, jusqu’à la piscine bleutée dans laquelle elle plonge, dans la mémorable robe blanche de Marilyn qui s’envole si facilement dans les airs…

Who else ?

Pour incarner cette vision de ce rôle, comment imaginer meilleur choix que Karita Mattila ? La chanteuse de 63 printemps semble avoir poussé l’incarnation du personnage jusqu’à découvrir elle aussi l’élixir de la jeunesse éternelle. Comme Benjamin Button, elle ne cesse de rajeunir au fil de sa carrière et au fil de sa soirée, et cette Benjamine boutonne les tenues de Marilyn comme une évidence. La performance théâtrale et vocale est une démonstration de vitalité, sa grande technique masquant toutes les marques du temps sur les extrémités de la tessiture, et tout le reste s’épanouit. La voix est grave mais jamais rauque, perçante mais jamais stridente.

Pavel Černoch offre pour sa part la vitalité rayonnante d’un amoureux (nommé Albert Gregor) et d’un ténor très lyrique (après un temps de chauffe). Parfaitement baba devant Mattila (Marilyn) le Janek de Cyrille Dubois s’entraîne encore à lancer les pop-corns dans les airs pour les rattraper de la bouche, mais il est maître des lancés d’aigus agiles et intenses. Johan Reuter incarnant son père Jaroslav Prus est d’abord excessivement discret avant de se faire maître chanteur (vocalement et pour son chantage envers l’héroïne). Peter Bronder retrouve sa très ancienne amante en vendant caramels, bonbons et chocolat au cinéma : l’occasion d’une seconde jeunesse dans les accents mais qui partent dans tous les sens. Au service de l’avocat Kolenaty (Károly Szemerédy protocolaire à souhait), Nicholas Jones présente d’emblée son timbre claironnant déployé d’accent et de vibrato : se présentant ainsi à cette maison où il débute et rejoint la nouvelle troupe. Sa collègue Ilanah Lobel-Torres incarne Krista, son personnage s’inscrivant dans les pas de Marilyn comme la chanteuse semble le faire dans ceux de Karita.

Fosse de jouvence

La musique émanant de la fosse d’orchestre affine elle aussi ses traits à vue d’œil au fil de la soirée, grâce à la direction de Susanna Mälkki. L’alliage d’amplitude et de précision, l’intensité dans le tracé ne cesse d’améliorer la précision des instrumentistes qui commencent dans un son flou, comme étouffé.

Tout se finit bien entendu en triomphe pour Karita Mattila. N’hésitez pas à aller voir l’une des dates prochaines : elle aura encore rajeuni à vue d’œil.

Karita Mattila et Ilanah Lobel-Torres : la relève est assurée (© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris)
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